Une image choquante montrant un homme de dos, couvert de cicatrices profondes, circule actuellement sur les réseaux sociaux en République démocratique du Congo, présentée comme l’homme victime des tortures et des brimades physiques dans une des résidences de l’artiste Rebo Tchulo. Pourtant, une vérification rigoureuse montre que cette accusation est infondée et repose sur une réutilisation trompeuse d’une image sortie de son contexte réel.
Alors que la photo est devenue virale, notamment sur Facebook où elle a été utilisée dans des publications appelant à une justice en faveur de la victime, les recherches de nos équipes ont établi que le cliché circule depuis plusieurs années. Une recherche d’images inversées a permis de remonter à son contexte. La photo montre Kakwenza Rukirabashaija, un écrivain et opposant ougandais dont le cas a été largement documenté par des organisations de défense des droits humains et des médias internationaux. Le cliché a été pris le 8 février 2022 à Kampala par la photographe ougandaise Hajarah Nalwadda pour le compte d’Associated Press (AP). Plusieurs médias et organisations comme La Croix, KSAT ou encore Observer Uganda ont rapporté l’information. Selon Amnesty International, Kakwenza a été arrêté le 28 décembre 2021 par des agents de sécurité ougandais, puis détenu au secret pendant plusieurs jours, période durant laquelle il a déclaré avoir subi des actes de torture. Son arrestation faisait suite à des publications critiques envers le président Yoweri Museveni et son entourage. Après sa libération fin janvier 2022, l’écrivain a publiquement dénoncé les sévices subis. Dans une enquête d’Al Jazeera, il affirme avoir été battu et maltraité pendant sa détention, expliquant notamment que des agents l’ont torturé de manière répétée. Le média rapporte qu’il a ensuite montré des cicatrices visibles sur son corps, notamment sur le dos, en affirmant qu’elles résultaient de ces violences.
Dans ce contexte, l’utilisation de cette image comme preuve de l’affaire impliquant l’artiste Rebo apparait comme une manipulation de l’information. L’artiste musicienne est au cœur d’un scandale après la diffusion d’une vidéo montrant des actes de torture contre un homme dans une de ses résidences à Kinshasa. Selon son témoignage, il s’agirait d’un de ses travailleurs, soupçonné de vol.


