Une histoire marrante est diffusĂ©e sur Internet depuis plus de deux semaines. On raconte quâun jeune homme ĂągĂ© de 27 ans Ă©tait en relation secrĂšte avec une femme ĂągĂ©e de 68 ans, qui aurait fini par lui demander de force de lâĂ©pouser. Dans le cas contraire, lâhomme devait rembourser tout lâargent quâil avait dĂ©jĂ reçu de la « sugar mommy », comme on surnomme ces genres de femmes ĂągĂ©es.
Cette histoire, qui a attirĂ© lâattention de plusieurs internautes Ă cause des expressions faciales visibles sur les photos de ce couple en tenue de mariĂ©s, nâest pourtant pas fondĂ©e. Les photos sont des produits de lâintelligence artificielle.
Sur les photos, lâhomme pleure, et la femme ĂągĂ©e se tient Ă ses cĂŽtĂ©s avec un regard peu courtois.
De quoi attiser les commentaires de plus de 4 248 internautes sur la page Univers des stars guinĂ©ennes. Lorsque nous menions nos vĂ©rifications, nous avons mĂȘme trouvĂ© un post Facebook avec plus de 350 autres rĂ©actions, accompagnĂ© dâune lĂ©gende rĂ©digĂ©e en anglais, affirmant que lâhomme aurait Ă©tĂ© battu par la femme ĂągĂ©e ( 1 , 2 , 3 , 4 , 5 ).
Origine de lâimage en vĂ©rification
Cette publication a pris forme sur X, a remarquĂ© Congo Check. Tout a commencĂ© le 20 juillet dernier, quand le compte MEDIA BLOG a publiĂ© sur X cette vidĂ©o, qui, depuis, a Ă©tĂ© vue par plus de 804 000 internautes. La lĂ©gende dĂ©crivait, dâun ton ironique, un homme frappĂ© par la beautĂ© de sa femme jusquâĂ en pleurer.
Avec une si large visibilitĂ©, la publication nâa pas tardĂ© Ă ĂȘtre reproduite sur Facebook, et sa lĂ©gende a Ă©tĂ© directement modifiĂ©e, semant ainsi la confusion.
Une vidĂ©o et des images produites par lâIA
Pourtant, quand Congo Check a entamĂ© ses vĂ©rifications, dans la partie des commentaires, il a Ă©tĂ© constatĂ© que les internautes nâont pas remarquĂ© que cette vidĂ©o Ă©tait une crĂ©ation de lâintelligence artificielle.
Rien nâest vrai dans cette vidĂ©o, ni sur ces photos. Pour arriver Ă cette conclusion, nous avons recouru Ă trois outils de dĂ©tection.
Tout dâabord, lâoutil AI Detect Content, qui permet de diffĂ©rencier les contenus humains de ceux gĂ©nĂ©rĂ©s par lâIA. Le rĂ©sultat prĂ©sente 74 % de probabilitĂ© que cette vidĂ©o soit une invention de lâIA.

Comme les outils de détection fournissent parfois des résultats différents, nous avons donc confronté notre résultat à celui que pourrait nous fournir HuggingFace, un autre outil de détection IA. Là aussi, on atteint 96 % de probabilité IA, contre 4 % pour une création humaine.

Lâapplication WasitAI a bouclĂ© notre crosscheck. Ă son tour, elle a permis de certifier que le contenu est bien Ă©videmment un produit de lâIA.

Des indices visuels qui échappent
Lâhistoire construite autour de ce fruit de lâIA paraĂźt trop intĂ©ressante pour ĂȘtre vraie. Elle attire la curiositĂ© des internautes, qui dĂ©laissent alors leur sens critique, lequel aurait pu leur permettre de dĂ©celer certaines imperfections pourtant flagrantes.
Il sâagit notamment de la diffĂ©rence de maquillage de la femme « ĂągĂ©e » sur les trois images, du jeune homme qui porte une cravate sur une des photos, mais un nĆud papillon sur dâautres, de la coiffure de la mariĂ©e, qui nâest pas la mĂȘme, bien que les photos aient Ă©tĂ© prises au mĂȘme endroit et enfin, des mains de la dame, trop noires et musclĂ©es, en contraste avec la couleur de sa peau.

Quelques incohĂ©rences flagrantes sur ces images gĂ©nĂ©rĂ©es par lâIA
Le contexte manquant de la nouvelle
Le contexte est également manquant, car la nouvelle ne précise ni le lieu ni la date de cet événement supposé, ce qui éveille davantage les soupçons.
Congo Check a vérifié et contextualisé cette image, car elle crée une narration déshumanisante et stigmatisante, tant pour la femme ùgée (présentée comme manipulatrice et prédatrice) que pour le jeune homme, présenté comme une victime.
De plus, ces contenus gĂ©nĂ©rĂ©s par lâIA renforcent les prĂ©jugĂ©s liĂ©s Ă lâĂąge, notamment envers les femmes ĂągĂ©es, souvent dĂ©jĂ marginalisĂ©es dans les discours publics.


