Depuis peu, une image partagée sur Facebook suscite l’indignation ou l’ironie des internautes. On y voit une petite structure en terre battue, surmontée de tôles, présentée comme une réalisation officielle de World Vision à Kibirizi.
La légende accompagnant le cliché est sans équivoque : « La toilette construite par World Vision à Kibirizi. Quelle honte. » Si certains commentaires dénoncent la précarité de l’ouvrage, d’autres y voient une tentative délibérée de nuire à la réputation de l’organisation.
Attention, après enquête menée par Congo Check, il s’avère que cette affirmation est fausse. L’ouvrage a été réalisé par un membre de la communauté et non par l’organisation World Vision, dont les standards de construction sont différents de ce que l’on voit sur cette image.
« La toilette construite par World Vision à Kibirizi. Quelle honte »
Un démenti des sources locales.
Pour vérifier la véracité de cette information, l’équipe de Congo Check a confronté ces accusations aux réalités du terrain en interrogeant des sources locales.
Ces dernières nous ont fourni des éléments qui contrastent avec cette publication et prouvent que la toilette sur le cliché n’a pas été construite par l’ONG World Vision.
Notre démarche a commencé par un journaliste de la place. Thierry Bwakiyanakazi, directeur d’une radio locale à Kibirizi et fin connaisseur des projets de santé dans la zone, réfute l’implication directe de l’ONG dans cette construction.
« C’est une information erronée. Ma station collabore avec World Vision sur plusieurs projets WASH (Eau, Hygiène et Assainissement) pour la période de 2024 à 2026. Aucune toilette de ce type n’a été construite par World Vision. Toutefois, en 2025, cette organisation avait fourni à certains ménages des dalles de latrines en plastique, après quoi ces ménages ont construit leurs propres latrines en fonction de leurs ressources… », a-t-il précisé à Congo Check.
Nous avons alors décidé de contacter l’ONG World Vision, qui a soulevé une confusion entretenue par cette publication. La confusion provient de la méthode de travail de l’ONG, appelée Assainissement Total Piloté par la Communauté (ATPC). Mbusa Vusu Nicolas, animateur communautaire pour World Vision à Kibirizi, apporte une précision cruciale.
« Nous exécutons un projet dans une approche ATPC : on dit à chacun sa latrine selon ses moyens, pourvu qu’elle respecte les normes d’une latrine hygiénique. Notre rôle est de sensibiliser la communauté et nous dotons souvent les bénéficiaires de matériels ; à leur tour, ils construisent leurs propres latrines. Cette latrine est donc l’une de celles construites par la communauté sous notre sensibilisation et dotation de quelques matériels de World Vision.. Les latrines que nous construisons nous-mêmes portent toujours notre logo. », a-t-il soutenu
L’absence de logo sur l’image partagée sur Facebook et la comparaison avec les photos des latrines standards déjà construites par l’ONG dans la région confirment que cet ouvrage ne répond pas à leurs critères techniques habituels.
Il a tenu à préciser que cette toilette sur la photo n’a pas été construite par l’ONG World Vision, en partageant même les images de latrines que l’organisation a déjà construites dans la région. Elles sont totalement différentes de celles partagées sur les réseaux sociaux.




Les spécificités des véritables ouvrages de World Vision dans la région
Contrairement à la cabane en boue diffusée sur le web, les latrines construites par World Vision dans la région, présentent des caractéristiques techniques immanquables.
En se basant sur les images nous fournis par l’animateur communautaire et contrairement à cette image qui circule sur les réseaux sociaux, les structures de World Vision sont construites en dur ou avec des planches de bois traitées et peintes, elles arborent une peinture bicolore distinctive (orange et blanc) et les logos officiels de World Vision et leurs partenaires sont clairement visibles sur les parois, elles sont équipées de tuyaux d’aération verticaux dépassant du toit pour limiter les odeurs et les insectes, ainsi que de dispositifs de lavage des mains (lave-mains) installés à proximité immédiate, et les latrines reposent sur des dalles en béton maçonnées et surélevées pour éviter les infiltrations.
Attribuer la construction de cette latrine en boue à World Vision est une contre-vérité. L’ouvrage présenté sur la photo est donc une initiative privée d’un ménage local. World Vision a certes fourni un appui technique et matériel (comme des dalles) à certains membres de la communauté, mais n’a pas assuré la construction de cette structure en boue présentée sur les réseaux sociaux.


