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Non, la Banque mondiale n’a pas « blacklisté » Kigali mais un cabinet privé

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Depuis le 19 mars, des publications virales sur les réseaux sociaux affirment que la Banque mondiale aurait inscrit Kigali sur une « liste noire ». Cette affirmation est fausse et repose sur une mauvaise interprétation d’une décision réelle visant une entreprise privée, et non un État.

Pour vérifier cette affirmation, Congo Check a consulté les canaux de la Banque mondiale mais aussi les procédures de cette institution de Bretton-Woods. Non seulement la Banque mondiale n’a pas communiqué autour de cette prétendu mise sur une quelconque « liste noire », mais surtout, l’institution ne fonctionne pas avec ce type de mécanisme public appliqué à des pays ou à des villes.

À l’origine de la confusion se trouve une sanction annoncée le 19 mars 2026 par la Banque mondiale (voir ici, ici et ). Cette mesure vise plusieurs entités du réseau PricewaterhouseCoopers (PwC) qui est l’un des quatre plus grands cabinets d’audit et de conseil au monde. Il constitue les « Big Four » avec Deloitte, EY et KPMG, offrant des services financiers dans 136 pays. La Banque mondiale a prononcé une exclusion temporaire de 21 mois contre trois entités africaines de PwC, notamment PwC Rwanda. Cette mesure leur interdit de participer à des projets financés par la Banque mondiale durant la période de sanction.

Selon les conclusions de l’enquête, ces entités ont été impliquées dans des pratiques jugées frauduleuses et collusoires dans le cadre d’un projet énergétique régional entre l’Éthiopie et le Kenya. Il leur est notamment reproché d’avoir obtenu des informations confidentielles pour favoriser leur candidature, d’avoir influencé l’attribution de contrats et d’avoir fourni des informations inexactes sur leurs capacités. Ces faits constituent des violations des règles d’intégrité de la Banque mondiale.

Toutefois, nos équipes ont pu établir que cette sanction vise une entreprise privée, et non le gouvernement rwandais. Aucun élément ne montre une implication des autorités du Rwanda dans cette affaire. Le projet concerné ne se déroulait d’ailleurs pas au Rwanda, mais dans d’autres pays d’Afrique de l’Est. La mention de « PwC Rwanda » renvoie simplement à une entité du réseau opérant dans ce pays, sans lien direct avec l’État.

De plus, cette mesure fait suite à une « manipulation des procédures d’approvisionnement d’un important projet transfrontalier d’électricité » qui n’a aucun lien avec le Rwanda. Selon la Banque mondiale, les trois filiales PwC s’étaient adonnées à des « pratiques collusoires et frauduleuses » liées au projet Eastern Electricity Highway, une initiative phare visant à transporter l’énergie hydroélectrique d’Éthiopie au Kenya.

Sur Internet, cette mesure technique de conformité a été présentée comme une prétendue sanction politique contre un pays, nourrissant un sentiment de fierté du côté de certains internautes congolais. Ce type de déformation est fréquent dans les contextes de forte tension informationnelle, où des faits réels sont amplifiés ou détournés pour produire des narratifs trompeurs.

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