Une déclaration incendiaire, attribuée à Francis Kalombo, cadre du parti « Ensemble pour la République », circule abondamment sur les réseaux sociaux depuis plusieurs semaines. Ce texte, rédigé dans un style mêlant français et lingala, accuse le Secrétaire général de la CENCO, l’Abbé Donatien Nshole, d’être un « porte-parole de Kigali » et critique sa proposition de dialogue national. Après vérification, il s’agit d’une usurpation d’identité. Francis Kalombo n’est pas l’auteur de ce message, dont le contenu repose d’ailleurs sur des interprétations historiques erronées.
La vérification a d’abord porté sur l’origine de la source. Le texte ne provient d’aucun canal officiel de Francis Kalombo, ni de ses comptes certifiés sur les réseaux sociaux, ni d’une interview accordée à un média de référence. Interrogé à ce sujet, l’entourage de l’homme politique a formellement démenti ces propos, soulignant qu’il s’agit d’une manœuvre visant à créer une fracture entre les leaders de l’opposition et l’Église catholique, alors que cette dernière joue un rôle de médiateur traditionnel en RDC. Ce type de « fake quote » (fausse citation) est une technique classique de manipulation visant à radicaliser l’opinion en utilisant des figures politiques connues pour porter des discours de haine.
Congo Check est parvenu dans un second temps à joindre Francis Kalombo qui s’est étonné de voir son nom être mêlé à ce contenu. « C’est une fakenews et vraiment du n’importe quoi », a-t-il réagi.
Sur le plan des faits historiques invoqués dans le texte, les affirmations sont également trompeuses. Le message reproche à l’Abbé Nshole de ne pas avoir demandé de dialogue à l’étranger en 2016, alors que Moïse Katumbi était en exil. Or, les archives de la CENCO et les comptes-rendus des négociations du Centre Interdiocésain (Accord de la Saint-Sylvestre) démontrent que l’Église avait justement intégré la question des exilés politiques et des prisonniers d’opinion dans son cahier des charges de « décrispation politique ». Prétendre que l’Abbé Nshole ou la CENCO étaient passifs ou complices du régime de l’époque contredit les faits documentés de répression dont les prêtres ont été victimes lors des marches pacifiques de 2017 et 2018.
Enfin, l’accusation qualifiant le prélat de « porte-parole de Kigali » est une attaque sans fondement matériel, utilisant un ressort émotionnel lié à l’agression sécuritaire dans l’Est du pays pour discréditer le Secrétaire général de la CENCO. Cette rhétorique vise à transformer un débat politique sur la forme du dialogue national en une question de trahison à la patrie. Face à des contenus touchant à l’émotion, il est important de prendre un recul avant toute réaction ou partage.


