Une photo, tronquée, est largement partagée sur les réseaux sociaux avec une fausse légende prétendant une négociation entre la Monusco et des miliciens. Le texte qui accompagne l’image assurent, faussement, que les casques bleus sont en train de négocier la relaxation d’un officier rwandais qui aurait été fait prisonnier dans le territoire de Rutshuru. Méfiez-vous, cette photo existe depuis plusieurs mois, elle a été prise par les affaires civiles de la Monusco, et elle montre une de leurs bases dans le territoire de Beni.
Depuis le 09 juin 2023, la page Facebook « News of Runyoni » a publié une photo montrant des Casques bleus accompagnés de la légende suivante : « La MONUSCO (Mission des Nations Unies pour la Stabilisation au Congo, ndlr) tente de convaincre les résistants pour la libération du colonel Ngendahimana de l’unité RDF (Rwanda Defence Force) qui a été neutralisé à Rutshuru par les résistants. La réunion de négociation se solde à queue de poisson. « Nous garderons ce monsieur, jusqu’à la fin de la guerre », explique les résistants. En direct de Kiwanja, il est prisonnier de guerre. Le moment venu on pourra le remettre à qui de droit et non à la MONUSCO ». Attention, cette image est sortie de son contexte. Grâce aux outils d’images inversées, Congo Check l’a remontée en février 2023 lors du retrait des troupes de la MONUSCO de la base de Mutwanga dans le territoire de Beni.

La publication a engrangé en peu de temps 96 réactions, 28 commentaires et 21 partages. Elle a été aussi reprise mot à mot par l’internaute Lisette Lisa Mongendu sur sa page Facebook, suivie par plus de 64 000 followers.

Là-bas, la publication a enregistré 120 réactions, 31 commentaires et 20 partages en moins de 24 heures.
Les commentaires des internautes font constater que la majorité d’entre eux s’est laissée bernée par cette manipulation. Sur la page ”News Runyoni”, Past Mudekereza Corneille a commenté: “Vous aussi là ! Pourquoi il est encore là”. De son côté, Watanabe Goga a renchéri : “Il ne faut pas accepter que vous l’avez arrêté, il faut nier d’abord, sinon ils vont démander à l’EAC de le libérer vous n’aurez pas le choix si le président vous dit de le libérer. Kagame refuse d’accepter que ses soldats RDF sont sur notre sol.” Quant à Éric Kapumba, il s’est interrogé en ces termes : “Pourquoi ne pas l’envoyer directement au ciel, au lieu de chercher des négociations”.
Une photo sortie de son contexte
La photo ici publiée et largement partagée est en réalité sortie de son contexte originale. En effet, les recherches menées par Congo Check prouvent qu’elle date du 17 Février 2023 et montre le retrait des troupes onusiennes de leur base de Mutwanga (située à une cinquantaine de kilomètres de la ville de Beni) après sa fermeture en février dernier. En usant des outils de recherche par images renversées, Congo Check a trouvé des articles à foison publiés pour informer de ce retrait, notamment sur le site de la Mission onusienne.
https://www.monusco.unmissions.org/beni-la-monusco-ferme-sa-base-militaire-de-mutwanga
On y lit : « La Mission des Nations Unies pour la Stabilisation en République démocratique du Congo (MONUSCO) a procédé ce 17 février à la fermeture de sa base de Mutwanga, située à une cinquantaine de km au sud-est de la ville de Beni au Nord-Kivu. Cette fermeture entre dans le cadre de son plan de transition qui préconise un retrait progressif, ordonné et responsable de la MONUSCO de la RDC, notamment à la suite de l’accalmie observée dans la zone depuis plusieurs mois.
Cette décision qui, bien que marquant une amélioration significative de la situation sécuritaire dans cette partie de la province, ne réjouit pas forcément les populations locales habituées à la présence des Casques bleus de la MONUSCO. Une présence qui a pesé lourd dans la dissuasion des forces négatives ».
Le site ”reliefweb.int” en fait aussi mention dans un autre article.
https://reliefweb.int/report/democratic-republic-congo/beni-la-monusco-ferme-sa-base-militaire-de-mutwanga
Par ailleurs, les équipes de Congo Check ont approché Ndeye Khady, porte-parole ad-interim de la MONUSCO, à propos de cette photo. Cette dernière a parlé d’une intox, tout en remettant le cliché dans vrai contexte. « C’est une photo des Malawites et Sud-africains à Beni », a-t-elle précisé.
Sur Twitter, la MONUSCO a également démenti cette version qui allègue l’organisation d’une réunion de négociation avec ”les résistants” (label qui désigne les forces dites ”d’autodéfense”, encore appelées ”Wazalendo”, qui se battent contre le M23) sur le sort d’un officier rwandais capturé.
https://www.twitter.com/MONUSCO/status/1667733146853416960?t=wvLXsK31ZFiTIEjhRcP72w&s=08

« La MONUSCO dément formellement les allégations qui circulent dans les réseaux sociaux selon lesquelles elle serait impliquée dans des négociations pour la libération d’un haut gradé de l’armée rwandaise qui serait arrêté en RDC. Ce sont de fausses allégations », lit-on sur ce tweet.
Selon Ndeye Khady, relancée par Congo Check, il s’agit d’une « folle rumeur ». « Si ces WAZALENDO avaient capturé un sujet Rwandais, ils devraient déjà le remettre aux Fardc. Et les Fardc devraient le présenter à la presse, saisir l’ JVM (Mécanisme Conjoint de Vérification Ndlr) etc…
Tout ceci est totalement faux », a-t-elle tranché.
Les sources ont donc été unanimes sur le fait que le cliché n’a pas été pris à Rutshuru, en ce mois de juin, mais date en fait de février à Beni, et n’a aucun lien avec la guerre que mènent les FARDC contre les rebelles du M23.
Dans son rôle de rétablir les faits, Congo Check se doit de débusquer ce genre d’intox qui vise à jeter l’opprobre sur la MONUSCO.