En ce moment où les relations diplomatiques entre la RDC et le Rwanda sont complètement tendues, exacerbées par la prise de Goma par les rebelles du M23/AFC, que les autorités congolaises accusent de bénéficier du soutien rwandais, une information a surgi sur Facebook prétendant que le président rwandais Paul Kagame a promis de retirer d’urgence ses soldats du territoire congolais suite à la décision de l’Afrique du Sud de soutenir les FARDC. Il est important de souligner que cette déclaration est faussement attribuée à Paul Kagame. Dans toutes ses interventions concernant le conflit qui sévit dans l’est de la RDC, il n’a jamais reconnu de soutien du Rwanda aux rebelles du M23. Lors du récent sommet conjoint SADC-EAC organisé en Tanzanie, Paul Kagame a clairement affirmé que la RDC était à l’origine de cette guerre, niant ainsi toute implication de son pays.
« RDC-Rwanda : Urgent, Urgent, Urgent. Paul Kagameaccepte de retirer d’urgence ses soldats de la RDC. Suivez la télévision rwandaise.
Pourquoi ce virement spectaculaire ?
En effet Paul Kagame décide de retirer ses troupes en RDC suite à la tension persistante avec l’Afrique du Sud. L’Afrique du Sud a fait venir toutes ces armes lourdes pour aider Kinshasa. Ce soutien pour la RDC consiste, non seulement à conquérir son territoire entre les mains des RDF et ses supplétifs du M23. Mais aussi de pénétrer à Rwanda pour faire payer les dégâts causés lors de la prise de Goma. » lit-on cette information partagée par la page Roselyne Mbombo.
Plusieurs autres pages sur Facebook ont partagé ces propos conférés à Paul Kagame tout en s’appuyant sur le journal d’un média swahili qui a évoqué cette information. Il s’agit notamment des pages nommées “ Corneille Freeman ”, “ Patrick Kalewu ” et “ Fils Matala”
La lecture des commentaires d’internautes révèle que la majorité d’entre ont accordé du crédit à cette information, tout en s’interrogeant sur les conditions dans lesquelles Paul Kagame a accepté de retirer ses soldats de la RDC. Certains internautes ont mis en garde contre une confiance aveugle envers le président rwandais.
Avant de procéder à la vérification de cette déclaration attribuée au président rwandais, l’équipe de vérification de Congo Check a contacté, dans un premier temps, les auteurs ayant partagé cette information. L’objectif étant de comprendre leurs motivations et les sources sur lesquelles ils se sont appuyés pour propager cette rumeur. À ce jour, aucun de ces auteurs n’a répondu à nos messages laissés sur Messenger.
Dans le cadre de cette vérification, Congo Check a examiné les déclarations de Paul Kagame depuis la prise de Goma. Nos recherches ont révélé qu’il s’est exprimé à deux reprises sur le conflit dans l’Est de la RDC. Le 29 janvier, en réponse aux accusations du président sud-africain Cyril Ramaphosa concernant la mort de soldats sud-africains par l’armée rwandaise, Kagame a dénoncé des “mensonges” et a menacé de “régler le problème”.
Dans son tweet, il a clarifié plusieurs points ci-après :
1. La Force de Défense du Rwanda est une armée, pas une milice.
2. SAMIDRC n’est pas une force de maintien de la paix, mais une force belligérante engagée dans des opérations offensives.
3. SAMIDRC a remplacé la véritable force de maintien de la paix, contribuant ainsi à l’échec des négociations.
4. Ramaphosa n’a jamais donné de préavis concernant les besoins de la force sud-africaine.
5. Le président sud-africain a confirmé que le M23 n’avait pas tué les soldats sud-africains, mais que c’était la FARDC qui l’avait fait.
Lors du sommet EAC-SADC du 8 février en Tanzanie, Kagame a fermement rejeté la responsabilité de la guerre sur la RDC, affirmant que les dirigeants congolais en étaient les instigateurs et que le Rwanda avait été injustement impliqué. Il a déclaré :
« Personne ne peut nous dire de la fermer. Nous supplions la RDC et ses dirigeants depuis longtemps. Nous avons partagé nos problèmes et demandé à la RDC de les aborder, et ils ont refus. Ce qui se passe là-bas, c’est une guerre ethnique qui se prépare depuis longtemps, déniant les droits des gens et attaquant ensuite le Rwanda. Vous devez reconnaître les droits des gens et faire un pas pour résoudre le problème Ce qui se passe là-bas, c’est une guerre ethnique qui se prépare depuis longtemps, déniant les droits des gens et attaquant ensuite le Rwanda. Vous devez reconnaître les droits des gens et faire un pas pour résoudre le problème. Cette guerre a été déclenchée par la RDC et non par le Rwanda. Elle a été imposée sur nous et on nous a demandé de l’assumer. Nous ne pouvons pas l’accepter. »
Il a aussi appelé les participants à proposer des solutions concrètes, concluant que les discussions précédentes ne devraient pas se répéter sans résultats tangibles. Il est crucial de noter qu’à aucun moment dans son discours, Paul Kagame n’a accepté la présence de ses troupes en RDC ni promis leur retrait.
Notons que le sommet a été convoqué après la prise éclair de Goma, capitale provinciale du Nord-Kivu, par les rebelles du M23 associés à l’Afc. De ce sommet coprésidé par le Président de l’EAC et Président de la République du Kenya, Son Excellence le Dr William Samoei Ruto, CGH et par le Président de la SADC etPrésident de la République du Zimbabwe, Son Excellence le Dr Emmerson Dambudzo Mnangagwa, les résolutions ci-après ont été formulées pour faire face à la détérioration de la situation sécuritaire dans l’Est de la RDC :
• Cessez-le-feu immédiat
• Sécurisation de la ville de Goma
• Ouverture de l’aéroport et des voies d’approvisionnement
• Fusion des processus de Nairobi et Luanda
• Reprise des négociations directement avec les parties étatiques et non étatiques,y compris le M23
• Neutralisation FDLR et désengagement des soldats rwandais
• Réunion des ministres EAC-SADCdans 30 jours pour évaluer le cessez-le-feu et suivi
Après ses recherches, Congo Check a constaté que les déclarations attribuées à Paul Kagame concernant le retrait de ses soldats en RDC sont fausses et relèvent de l’imaginaire. Le président rwandais n’a jamais reconnu l’implication de son pays dans le conflit en cours dans l’Est de la RDC.