Depuis quelques jours, une série de photographies montrant la star de la rumba congolaise, Ferré Gola, en pleine action caritative, fait le tour des réseaux sociaux. Sur ces images largement partagées par la page « Josias Le Bagage », on voit l’artiste distribuer des vivres (riz, huile, poulets) à des mères de famille à Kinshasa et Kisantu. Si l’intention de magnifier « Le Padre » est évidente, notre analyse démontre qu’il ne s’agit pas d’un reportage photo, mais d’une pure création par intelligence artificielle (IA).
Le premier indice flagrant de la nature artificielle de ces images se trouve dans les détails écrits. L’intelligence artificielle actuelle peine encore à reproduire des textes réels de manière stable. Sur l’image censée illustrer un don à Kisantu, on peut lire sur les cartons l’inscription « POUL ETS CŌNGE ». Ce mélange de lettres, avec un espace anormal et un accent sur le « O » qui n’existe pas en français, est une signature typique des erreurs de calcul des algorithmes de génération d’images. De même, les étiquettes sur les bidons d’huile dans la publication de Kinshasa ne sont que des gribouillages informes imitant l’alphabet, une preuve irréfutable que ces objets n’existent pas physiquement.
Des anomalies anatomiques et matérielles
Au-delà du texte, l’examen attentif des personnages et des objets révèle des incohérences physiques majeures. Dans les deux scènes, l’homme tenant la caméra (identifié comme le créateur de la page par son t-shirt) porte un appareil dont le design est impossible : les boutons fusionnent avec le boîtier et l’objectif manque de structure optique réelle. Plus révélateur encore, les mains des personnes représentées présentent des défauts caractéristiques : doigts fusionnés, articulations manquantes ou membres qui semblent se fondre dans les tissus. Ces « hallucinations » visuelles sont le point faible bien connu des outils comme Midjourney ou DALL-E utilisés pour créer ces visuels.
Pour confirmer ces soupçons, nous avons soumis ces deux photos à trois outils de détection des contenus IA, en l’occurrence Hive Moderation, Decopy et Undetectable. Tous ont confirmé l’usage de l’IA, respectivement à hauteur de 79,4%, 98% et 84%.
L’utilisation de l’’IA pour mettre en scène des célébrités dans des situations valorisantes devient une tendance forte en RDC. Bien que le message ici soit positif (la solidarité), ce procédé pose un problème de transparence. En faisant passer une fiction numérique pour une actualité de terrain, on induit le public en erreur et on fragilise la crédibilité des actions réelles menées par les artistes. Pour ne pas tomber dans le piège, un réflexe simple s’impose aux internautes : zoomer sur les visages en arrière-plan et sur les textes écrits. Si les lettres sont illisibles ou les visages déformés, l’image est un faux.


