Cette photo n’est pas d’un exode des Kasaïens vers le Katanga, ce n’est même pas au Congo

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Une publication du compte Facebook « Bérnard Heliakim » du 04 juillet, redevenue subitement virale, affirme que Gabriel Kyungu wa Kumwanza a décidé que 11000 kasaïens arriveraient au grand Katanga dans les prochains jours. Avec comme lillustration une photo où l’on voit plusieurs personnes monter à bord d’un train. Méfiez-vous de cette publication aux allures d’incitation à la haine. Cette photo a été prise en Inde en 2010. Mais aussi, Gabriel Kyungu Wa Kumwanza est mort depuis le 21 juillet 2021.

La publication, qui a généré plus de 1400 réactions, dont des partages et commentaires, cite faussement différents milieux de la province ex Katanga où seraient bientôt déployées ces personnes.

« Urgent, urgent, urgent, urgent, sur décision de Kyungu wa kumwanza Antoine Gabriel, PDG de la SNCC, 11000 Kasaïens arrivent au grand Katanga dans les prochains jours. Au niveau de la gare de Mweneditu, Kabeya Kamwanga, Mbuji-mayi, Kananga, Tshikapa, Djilenge. Nous venons d’apprendre que plus de 11000 kasaïens viennent d’être embarqués dans cinq trains de la SNCF pour aller habiter dans les grandes villes du grand Katanga. Kyungu et Tshilombo préparent quelque chose contre les Katangais. », peut-on lire sur le compte Bérnard Heliakim.

URGENT URGENT URGENT URGENTSUR DÉCISION DE KYUNGU WA KUMWANZA Antoine Gabriel, PDG de la SNCC, 11000 KASAÏENS ARRIVENT…

Posted by Bérnard Heliakim on Sunday, July 4, 2021

Réactions des internautes

Malheureusement certains internautes ont cru à cette information, certains ont même promis l’enfer à Gabriel Kyungu wa Kumwanza.

« Avec cette arrivée, le banditisme va atteindre un niveau extrême, mon Dieu nous allons mourir de faim maintenant, que Gabriel descende en enfer. », commente l’internaute Tantine Sidonie.

« Il pense que le Congo appartient aux Kasaïens. », note pour sa part Rashidi Mapatano Fiston.

Sylvie Mbiya lui, n’a pas cru à cette information : « C’est faux, cette image c’est en Inde ces sont les indiens si tu n’as pas autre chose à publier, publies même le dessin animé par ce que ça au moins ça sera intéressant. », dit-elle.

Pourquoi cette information est fausse ?

La publication affirme que Gabriel Kyungu wakumwanza décide de déplacer plus de 11000 personnes d’une province vers une autre. Même de son vivant, quand il était président de l’assemblée provinciale du Haut-Katanga, Gabriel Kyungu n’était pas compétent pour décider sur le mouvement d’une population d’une province vers une autre. Même si en juin 2019 il avait été nommé chef de la Société nationale des chemins de fer, il n’a aucune compétence pour ordonner un tel exode.

En plus, la photo avait été capturée en Inde et non en RDC. Les personnes que l’on voit sur cette photo ne sont pas des Congolais, encore moins des Kasaïens. La date et le lieu à laquelle cette photo avait été publiée, ne correspondent pas à la légende qui lui a été collée.

Grâce à l’outil de recherche par image renversée, Congo check a pu retrouver, la photo originale, son vrai contexte et le lieu où elle avait été capturée. Pour savoir la date à laquelle la photo avait été publiée pour la première fois, nous avons utilisé l’outil TinEye.

Le principe de TinEye est assez simple : il permet de rechercher sur le web des images similaires à une photographie en votre possession. Vous pouvez utiliser une URL ou une image stockée sur votre disque dur. Des extensions pour navigateurs (Google Chrome, Mozilla Firefox, Internet Explorer, Safari et Opera) permettent de rechercher les images similaires directement via un clic droit !

En effet, la photo avait été prise en Inde, elle avait été publiée le 26/07/2010, un jour après sa capture par David Houstin. Nous retrouvons d’autres photos similaires depuis février 2010.

Plusieurs autres photos similaires avaient été publiées le même jour.

Vous pouvez les consulter ici https://chine.in/forum/photos-insolites-les-trains-surcharges-inde_24307.html

Voyager sur le train, une pratique courante existant en Inde

Dans les trains, c’est chacun pour soi, car il faut arriver à monter, et pour beaucoup le voyage se fera sur le toit. « Chaque jour il faut grimper ici parce qu’il n’y a plus de place dans le train. Bien sûr que l’on n’aime pas ça, mais si on veut voyager il faut le faire« , explique un homme à France Info qui avait envoyé une équipe sur place, pour reporter ce phénomène.
Certains n’ont pas eu le temps de monter sur le toit, alors il s’accroche à une fenêtre.

Le danger est énorme : câbles électriques, ponts, secousses… les accidents sont quotidiens. « Quand quelqu’un tombe, le train l’écrase. Si la police trouve une carte d’identité sur le cadavre, il est rendu à la famille sinon il n’est jamais identifié. Près du pont, un homme a été coupé, il est tombé près de la locomotive. Il était marié et avait un fils de cinq ans« , explique un homme. Dans un pays en plein développement, les infrastructures manquent, malgré les 115 000 kilomètres de voie ferrée. Et si les chantiers existent, ils sont rapidement dépassés face à une croissance démographique très forte. Dans moins de 10 ans, l’Inde devrait devenir le pays le plus peuplé au monde.

Ainsi donc, la légende collée à la photo est fausse et elle n’a rien à voir avec la RDC. 

Pourquoi la publication est nocive ?

La fibre tribale est souvent agitée en République démocratique du Congo. Souvent avec des conséquences dramatiques. Le pays comprend plus de 450 tribus. Les conflits entre différentes communautés ont déjà fait plusieurs morts, dans différentes provinces du pays.

D’ailleurs, face à l’ampleur des discours de haine, le Président de la République a demandé que la justice s’occupe des personnes qui tiennent des propos tribaux.

« Le tribalisme est l’une des causes majeures de l’inversion générale des valeurs et de la ruine dans notre pays », avait rappelé Tshisekedi à ses ministres lors du dernier conseil des ministres.

Il a appelé à une dénonciation publique de cette antivaleur.

« Il a déploré le fait que ce fléau refasse surface et qu’il soit de plus en plus véhiculé dans des chants et actes posés lors des manifestations et/ou à travers les réseaux sociaux notamment par certains acteurs politiques », a dit Patrick Muyaya, ministre de la communication.

« L’instruction a également été donnée au Vice-Premier ministre, ministre de l’Intérieur, Sécurité et Affaires Coutumières, ainsi qu’à l’Agence Nationale de Renseignement (ANR) d’identifier les auteurs de ces dérapages, et de mettre en garde tous les acteurs politiques qui se complaisent dans ces mauvaises pratiques afin de les mettre à la disposition de la justice. »

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