Une infographie largement partagĂ©e prĂ©sente la RĂ©publique dĂ©mocratique du Congo comme un futur acteur majeur du marchĂ© des Eurobonds africains. Selon ce visuel, aprĂšs avoir levĂ©e 1,25 milliard USD pour sa premiĂšre Ă©mission dâeurobonds de lâhistoire, la RDC serait devenue le 3e pays africain des plus grandes Ă©missions individuelles, derriĂšre le Nigeria et la CĂŽte dâIvoire. AprĂšs vĂ©rification, cette affirmation est trompeuse.
Le classement prĂ©sentĂ© dans lâimage mĂ©lange des Ă©missions rĂ©alisĂ©es, des Ă©missions futures ou projetĂ©es, et omet plusieurs opĂ©rations africaines plus importantes dĂ©jĂ documentĂ©es. Selon lâinfographie, le Nigeria est le pays africain avec la plus grande levĂ©e, 2,35 milliards USD en 2025. Il serait suivi par la CĂŽte dâIvoire (1,75 milliard USD en 2025, la RDC (1,25 milliard USD en 2026), le Kenya (1,50 milliard USD en 2024) et lâĂgypte (plus de 1 milliard USD par Ă©mission). DĂšs la lecture, une premiĂšre incohĂ©rence apparaĂźt : le Kenya, avec 1,50 milliard USD, est placĂ© derriĂšre la RDC, pourtant crĂ©ditĂ©e de 1,25 milliard USD. Si le critĂšre est bien le montant de lâĂ©mission individuelle, le Kenya devrait ĂȘtre devant la RDC.
Mais lâerreur principale est ailleurs. En effet, le visuel, partagĂ© notamment par des comptes pro-rĂ©gime en RDC, a fortement sous-estimĂ© le poids historique de lâĂgypte et oublie le Ghana, deux pays qui ont dĂ©jĂ rĂ©alisĂ© des Ă©missions supĂ©rieures Ă celles citĂ©es. En mai 2020, lâĂgypte a rĂ©alisĂ© une Ă©mission internationale de 5 milliards USD, prĂ©sentĂ©e comme la plus importante Ă©mission obligataire internationale de son histoire mais aussi de toute lâAfrique. Cette opĂ©ration visait notamment Ă financer les besoins liĂ©s Ă la crise du coronavirus. Lâinformation est reprise dans un rapport de lâUnion africaine. Cette seule opĂ©ration suffit Ă invalider le classement de lâinfographie, qui prĂ©sente lâĂgypte comme un pays ayant seulement des Ă©missions de plus de 1 milliard USD, alors quâelle a dĂ©jĂ levĂ© 5 milliards USD en une Ă©mission. Ensuite, le Ghana, pourtant absente de lâinfographie en circulation, an rĂ©alisĂ© une Ă©mission importante en mars 2021. Lâagence Fitch Ratings indique que le pays a Ă©mis 3 milliards USD dâEurobonds. Le ministĂšre ghanĂ©en des Finances avait aussi communiquĂ© sur cette opĂ©ration.
Le montant attribuĂ© au Nigeria dans lâimage est, lui, cohĂ©rent avec les informations disponibles. Le Debt Management Office du Nigeria a annoncĂ© le pricing dâune Ă©mission de 2,35 milliards USD en Eurobonds, structurĂ©e en deux tranches de long terme. Toutefois, cela ne place pas ce pays dâAfrique de lâOuest en tĂȘte mais seulement en troisiĂšme position. Il en est de mĂȘme de la CĂŽte dâIvoire qui a effectivement levĂ© 1,75 milliard USD sur les marchĂ©s internationaux en mars 2025, selon plusieurs sources Ă©conomiques ivoiriennes dont le portail Ă©conomique ivoirien. Dans ce classement, le Kenya clĂŽture le Top 5 avec une levĂ©e de 1,5 milliard USD en 2024. A lâĂ©poque, la Banque centrale du Kenya avait indiquĂ© que cette Ă©mission devait notamment financer des opĂ©rations de gestion de passif liĂ©es Ă un Eurobond arrivant Ă maturitĂ© en juin 2024. Une information qui a Ă©tĂ© confirmĂ© par Reuters.
Le 10 avril, le ministre congolais des Finances, Doudou Fwamba, a annoncĂ© une levĂ©e de 1,25 milliard de dollars par la RDC sur les marchĂ©s internationaux. Il sâagissait alors de la toute premiĂšre Ă©mission dâEurobond de lâhistoire du pays. Toutefois, ce montant ne place pas la RDC dans le Top 3 africain.
DerriĂšre le chiffre de 1,25 milliard USD mis en avant pour la RDC, le classement relayĂ© mĂ©rite dâĂȘtre nuancĂ©. PrĂ©sentĂ©e comme une performance plaçant le pays parmi les trois plus grandes levĂ©es africaines sur les marchĂ©s internationaux, cette Ă©mission reste pourtant infĂ©rieure Ă plusieurs opĂ©rations dĂ©jĂ rĂ©alisĂ©es par dâautres Ătats du continent. La vĂ©rification permet donc de replacer lâannonce dans son contexte. Dans un domaine aussi sensible que lâendettement public, lâexactitude des montants, la distinction entre opĂ©ration annoncĂ©e et opĂ©ration effectivement rĂ©alisĂ©e, ainsi que la hiĂ©rarchisation correcte des donnĂ©es sont essentielles pour informer le public sans amplifier la portĂ©e rĂ©elle de lâannonce.


