Une vidéo partagée sur les réseaux sociaux affirme qu’Emmanuel Macron a réaffirmé, en présence de plusieurs personnalités internationales et de la Secrétaire générale de la Francophonie, Louise Mushikiwabo, « la place qu’occupe la RDC dans l’évolution de la langue française ». Pourtant, nullement dans l’extrait, le président frnaçais tient le discours tel que présenté en ligne. Il parle du bassin du fleuve Congo, et non spécifiquement de la République démocratique du Congo. Si la RDC fait partie de cet espace, la déclaration ne peut pas être présentée comme une reconnaissance exclusive du rôle de ce pays.
« En présence de plusieurs personnalités du monde et de la Secrétaire générale de la Francophonie, la Rwandaise Mushikiwabo, le président français a réaffirmé la place qu’occupe la RDC dans l’évolution de la langue française. Des tonnes d’applaudissements, sauf du côté rwandais », lit-on sur des publications relayées y compris par des journalistes en RDC.
Pour circonscrire cette affirmation, Congo Check a revu l’intégralité de l’intervention de Macron lors de l’inauguration du nouveau campus de l’Université Senghor, le 9 mai à Alexandrie en Egypte. Sur la vidéo diffusée en direct chaine Youtube de l’Elysée, Macron prend la parole de la 55ème minutes 30 secondes. Il a notamment déclaré que l’épicentre du français se trouve aujourd’hui dans le bassin du fleuve Congo, et non sur les quais de Seine. Emmanuel Macron évoque ainsi l’évolution de la langue française dans le monde. La phrase est donc réelle. Mais elle ne mentionne pas explicitement la République démocratique du Congo. En effet, le bassin du Congo désigne un espace géographique et linguistique plus large.
Pourquoi la formulation virale est trompeuse
La RDC est bien située dans le bassin du Congo et occupe une place importante dans l’espace francophone africain. Mais cela ne suffit pas à transformer les propos d’Emmanuel Macron en une déclaration spécifiquement consacrée à la RDC. Le bassin du fleuve Congo ne se limite pas à la République démocratique du Congo. Il renvoie à une région partagée par plusieurs pays d’Afrique centrale. Dans son sens hydrographique, il s’agit de l’ensemble du territoire drainé par le fleuve Congo et ses affluents, un espace qui s’étend sur plusieurs pays d’Afrique centrale. Selon l’encyclopédia Britannica, ce bassin couvre environ 3,45 millions de km² et comprend presque toute la RDC, une grande partie de la République du Congo et de la République centrafricaine, ainsi que des portions de l’Angola, du Cameroun, de la Tanzanie et de la Zambie. Dans son sens écologique, l’expression renvoie aussi à la grande forêt tropicale du bassin du Congo, considérée par le WWF comme la deuxième plus grande forêt pluviale du monde après l’Amazonie. Cette forêt s’étend sur six pays : le Cameroun, la République centrafricaine, la RDC, la République du Congo, la Guinée équatoriale et le Gabon.
« Le président emploie le terme bassin du Congo, qui couvre en réalité six pays – le Cameroun, la République centrafricaine, la République démocratique du Congo, la République du Congo, la Guinée équatoriale et le Gabon – tous dotés du français comme langue officielle ou co-officielle (la Guinée équatoriale, ancienne colonie espagnole, a adopté le français comme seconde langue officielle en 1998, bien que l’espagnol y reste dominant) », précise Le Figaro.
Cette vidéo circule dans un contexte de tensions persistantes entre la RDC et le Rwanda, notamment autour de la situation sécuritaire dans l’Est de la RDC. Dans ce climat, la RDC a annoncé la candidature de Juliana Lumumba au poste de Secrétaire général de l’OIF. Aux prochaines élections, elle affrontera notamment la Rwandaise Louise Mushikiwabo qui briguera un troisième mandat.


