Si vous passez un peu de temps sur Facebook, WhatsApp ou TikTok, vous avez sans doute croisé cette créature cauchemardesque : une tête de rongeur aux yeux globuleux, greffée sur un corps de reptile long de plusieurs mètres, le tout gisant sur une route goudronnée sous les yeux d’une foule inquiète.
Accompagnée de légendes alarmistes évoquant une « mutation génétique », une « malédiction » ou la découverte d’une « espèce hybride mortelle » dans un village reculé, l’image provoque systématiquement des milliers de partages. Pourtant, la réalité est beaucoup moins effrayante, bien qu’artistiquement impressionnante.
Le Verdict : Un montage vieux de 13 ans
Disons-le d’emblée : cette créature n’existe pas. Il ne s’agit ni d’une découverte scientifique, ni d’un monstre de la nature, mais d’une création numérique datant de 2013.

1. L’origine : Un concours de design
L’image n’est pas née d’une volonté de tromper, mais d’un défi créatif. Elle a été réalisée pour un concours organisé par la plateforme DesignCrowd (anciennement Worth1000), un site où des graphistes s’affrontent sur des thèmes imposés.
Le thème de l’époque ? “Predator & Prey” (Prédateur et Proie). Le défi consistait à fusionner deux animaux qui, dans la nature, occupent des positions opposées dans la chaîne alimentaire. Le graphiste indonésien connu sous le pseudo “budiyono” a eu l’idée brillante (et dérangeante) de fusionner le serpent avec son repas favori : la souris.
2. Une impossibilité biologique majeure
Au-delà de l’origine de la photo, la biologie elle-même invalide l’existence d’un tel être. Voici pourquoi :
- La classification : Les mammifères (souris) et les reptiles (serpents) appartiennent à des classes de vertébrés totalement différentes qui ont divergé il y a plus de 300 millions d’années.
- Le métabolisme : Une souris est endotherme (produit sa propre chaleur), tandis qu’un serpent est ectotherme (dépend de l’environnement). Un hybride ne pourrait tout simplement pas réguler sa température corporelle.
- La peau : Le montage tente de fusionner des poils de rongeur avec une structure serpentine. Dans la réalité, les tissus cutanés et les systèmes d’organes sont incompatibles à ce niveau de divergence évolutive.
Pourquoi ce canular fonctionne-t-il encore ?
Il est fascinant de constater que cette image, bien que techniquement datée par rapport aux prouesses actuelles de l’IA, continue de tromper le public. Plusieurs facteurs psychologiques sont en jeu :
Le contexte de la “foule”
Sur l’image originale, on aperçoit en arrière-plan un camion de marque TATA (courante en Inde) et une foule de badauds. La présence de ces témoins humains “ancrés” dans la réalité donne de la crédibilité à la scène. On se dit : « Si tous ces gens regardent, c’est que c’est vrai. » En réalité, le graphiste a intégré son monstre sur une photo banale d’un attroupement après un accident de la route ou un incident technique.
La peur de l’inconnu
Le “rat-serpent” joue sur deux phobies universelles : la peur des rongeurs nuisibles et l’ophidiophobie (peur des serpents). En combinant les deux, le créateur active une réponse émotionnelle forte dans notre cerveau limbique, ce qui paralyse souvent notre esprit critique.
La vitesse des réseaux sociaux
L’image est souvent partagée dans des groupes locaux avec des avertissements comme : « Faites attention à vos enfants, cette bête a été vue dans le secteur ! » L’urgence prime alors sur la vérification.
Comment repérer ces faux à l’avenir ?
Pour ne plus tomber dans le panneau (qu’il s’agisse d’un montage Photoshop ou d’une image générée par IA), voici trois réflexes simples :
- La recherche inversée : Faites un clic droit sur l’image et sélectionnez “Rechercher l’image avec Google”. Vous verrez immédiatement l’historique de l’image et les articles de fact-checking associés.
- L’analyse des textures : Regardez la jonction entre la tête et le corps. Sur cette photo, on remarque que la texture du “pelage” sur le corps de serpent est trop uniforme et semble simplement étirée numériquement.
- Vérifiez la source : Si une telle espèce existait, elle ferait la une de Nature ou du National Geographic, et non pas seulement d’un post Facebook écrit tout en majuscules.
En résumé : Le “rat-serpent” est une œuvre d’art numérique réussie, mais c’est une fiction totale. La prochaine fois que vous le verrez passer, vous pourrez rassurer vos proches : la nature est pleine de surprises, mais elle respecte tout de même les lois de la génétique !


