Depuis la fin du mois d’octobre, deux versions radicalement opposées circulent sur les réseaux sociaux au sujet de Sarah Ebabi Ebadjara, cette adjudante poursuivie par la justice militaire pour la publication d’une vidéo Tiktok dans laquelle elle apparait en treillis militaire en train de s’amouracher avec son futur époux. Pour les uns, la militaire aurait été « acquittée » après son procès devant le tribunal militaire de garnison de Kinshasa/Gombe. Pour d’autres, elle aurait été « condamnée à dix ans de prison ». Ces deux affirmations ne peuvent pas être vraies simultanément et pourtant, elles se sont diffusées à grande vitesse, chacune alimentant son propre récit. En réalité, aucune des deux n’est exacte.
« C’en est fini. La pauvre dame Sarah, militaire des FARDC, vient de perdre son mariage, qui devait avoir lieu ce week-end, suite à la publication d’une photo sur les réseaux sociaux. Elle a été condamnée à une peine de 10 ans de servitude pénale principale », lit-on sur des publications Facebook pendant que d’autres insistaient sur son acquittement.
Cependant, le verdict rendu le 29 octobre, en présence des reporters de Congo Check, contredit ces deux publications. La jeune adjudante a bien été « reconnue coupable » de violation des consignes militaires. Elle a été condamnée à 12 mois de servitude pénale principale, avec sursis. Selon le média spécialisé Legal RDC, le sursis, qu’on appelle également condamnation conditionnelle, est « une mesure probatoire qui sert d’alternative à l’exécution des peines d’emprisonnement ». Aux termes de l’ article 42 du Code pénal, elle est une mesure de dispense de l’exécution de la servitude pénale principale que le juge peut ordonner, par décision motivée, en faveur du condamné, pendant un délai qui ne peut dépasser cinq années. Cela signifie que l’adjudante Sarah Ebabi ne fera pas de prison ferme, sauf en cas de récidive durant les 12 mois de période probatoire. Toutefois, cet exempt d’emprisonnement À l’inverse, le fait qu’elle ne soit pas emprisonnée a fait croire à certains qu’elle avait été acquittée. En réalité, elle reste condamnée, mais bénéficie d’un sursis.
Dans cette affaire, le ministère public avait requis dix ans de servitude pénale principale, un réquisitoire à l’origine de la confusion. A ce sujet, Me Arthely Miela, avocat au barreau du kongo central, a expliqué qu’en droit congolais, « le réquisitoire du ministère public n’est pas un acte de condamnation ». « La compétence de condamner ou d’acquitter revient au juge », a-t-il nuancé.
L’affaire Sarah Ebabi trouve son origine dans la diffusion sur les réseaux sociaux de photos et vidéos où la militaire apparaissait en uniforme dans un cadre privé, notamment lors de ses fiançailles. Ces images, devenues virales, ont été jugées contraires à la discipline militaire, en vertu d’une directive interne interdisant toute publication de contenus mettant en scène des militaires en uniforme sans autorisation hiérarchique. Mais sur les réseaux sociaux, l’affaire a suscité un grand tollé après le réquisitoire jugé « sévère » du ministère public. Cette double rumeur illustre la vitesse à laquelle la désinformation peut brouiller la compréhension d’un verdict.


