Sur Facebook, une vidéo met en scène une jeune femme, casque sur les oreilles et regard habité par l’émotion dans un décor qui rappelle un studio d’enregistrement. La bande sonore de la séquence laisse entendre une interprétation presque parfaite de la chanson Aspirine de Koffi Olomidé, un classique de la rumba congolaise. La légende de la vidéo annonce « Le Rambo du Zaïre !!! », en référence à un des surnoms de Koffi Olomidé. Pourtant, malgré la beauté des images et la nostalgie de la mélodie, cette performance n’a jamais eu lieu dans le monde physique. Congo Check a découvert qu’il s’agit d’une construction numérique.
Dans les commentaires, les internautes ont félicité la jeune dame pour sa performance, contribuant en même temps à la viralité du contenu qui compte déjà plus de 700 partages et près d’un demi-million de vues. « Je vous demande d’encadrer cette jeune fille, elle nous sera utile à l’avenir », commente un internaute, convaincu que la séquence est réelle.
Pour vérifier l’authenticité du contenu, nos équipes se sont appuyées sur une observation, allant de l’identification technique à l’analyse des incohérences organiques. Le premier réflexe a été la recherche de signatures logicielles. L’inscription « RevisitAI » a d’abord intéressée nos équipes. Une recherche avec ce mot-clé a établi que l’inscription renvoie à une plateforme qui revisite « les plus belles mélodies de la musique toute tendances avec de l’intelligence artificielle ».
Sur sa chaine YouTube, la plateforme a publié cette séquence le 15 novembre 2025, précisant que la chanson a été « revisitée » par l’intelligence artificielle. Cette étape de « vérification de la source » a été fondamentale pour remonter à l’outil de création avant même d’analyser le contenu de l’image. Ensuite, nous avons procédé à un examen attentif des « artéfacts » de génération, c’est-à-dire les erreurs produites par l’algorithme.
En effet, bien que l’IA tente de synchroniser les lèvres de la jeune femme avec les paroles en lingala, on observe que les mouvements ne correspondent pas toujours à la complexité des phonèmes prononcés par la voix masculine de Koffi Olomidé. De plus, lors des mouvements de tête, les contours de la chevelure et les boucles d’oreilles semblent se déformer ou vibrer de manière surnaturelle. Cela est dû au fait que l’intelligence artificielle peine encore à maintenir la cohérence des objets physiques en trois dimensions.
Le recours aux outils de détection a permis de confirmer cette réalité. Truth Scan a établi à 87% que le contenu est généré par intelligence artificielle. Un score qui s’explique par l’utilisation des « samples authentiques » dans la vidéo. Les parties chantées affichent un score IA allant jusqu’à 99% dans ce même outil. De son côté, Detect Video AI a affiché une probabilité de 58% alors qu’Hive Moderation a estimé que le contenu n’était pas généré par l’intelligence artificielle. Ce qui renforce l’idée de ne pas se fier uniquement aux outils de détection.
Face à un contenu émotionnel ou surprenant, il est essentiel de ralentir son jugement, de chercher des indices techniques comme des logos ou des déformations visuelles, et de toujours confronter le message au bon sens.


