Depuis fin janvier, des images circulant sur Facebook et WhatsApp en République démocratique du Congo montrent un cercueil contenant des armes et des munitions, accompagné d’une photo d’un homme présenté comme un prêtre catholique. Les publications affirment qu’il s’agirait d’une interception réalisée dans la province du Kongo-Central et insinuent l’implication de l’Église catholique dans un trafic d’armes alors qu’on y voit notamment un homme habillé en soutane de prêtre agenouillé. Le contenu a rapidement suscité inquiétudes, accusations et commentaires virulents. Pourtant, après vérification, rien ne relie ces images à la RDC.
« Kongo-Central : un cercueil rempli d’armes et des munitions a été intercepté par les services de sécurité, dans un véhicule avec un prêtre catholique dans la délégation », lit-on sur ces publications (le texte initial a été corrigé, NDLR).
Une affaire inventée à partir d’images réelles
Les publications virales ne donnent ni date précise, ni lieu identifiable, ni service de sécurité intervenant. Aucun communiqué officiel, aucune dépêche d’agence, ni aucun média congolais crédible n’a rapporté une telle interception. Une recherche inversée d’images permet de retrouver leur origine : elles proviennent du Nigéria. Sur Internet, plusieurs publications prétendent qu’il s’agit de l’interception d’un cercueil transportant clandestinement des armes et des munitions lors d’un contrôle en 2016 au Nigéria (ici, ici et là). Cette version a notamment été relayée par le desk factchecking de l’Agence congolaise de presse.
Mais Congo Check a découvert que cette version n’est pas authentique. Alors qu’aucun média de premier plan au Nigéria ou même les agences internationales de renom n’ont rapporté cet incident impliquant prétendument Boko Haram, le mouvement terroriste actif au Nigéria, les recherches ont établi que la scène montre en réalité une fiction.
En 2016 alors que les photos étaient devenues virales au Nigéria, l’armée avait communiqué pour recadrer la scène. « Les photos montrant des armes cachées dans un cercueil sont fausses, il s’agit de scénarios d’entraînement de l’armée nigériane’, a déclaré un porte-parole de l’armée nigériane cité par Sahara Reporters.
Ce type d’entrainement faisait suite à des nouvelles tactiques adoptées par Boko Haram. En 2013, le mouvement avait abattu 13 personnes avec des armes introduites en douce dans la zone, cachées dans un cercueil, en prétendant se rendre à un enterrement (documenté ici et ici).
Aucun lien avec le Kongo-Central, ni l’Église catholique
De plus, ce n’est pas la première fois que ces clichés soient reliés au contexte congolais. En avril 2025, ils ont déjà été présentés comme la preuve de saisine d’arme « aux alentours de Walikale, par les résistants Wazalendo » (voir ici)
Contactée, la commission épiscopale de communications sociales sociale de la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO) a rejeté catégoriquement l’allégation. Pour la CENCO, il s’agit d’un « montage destiné à manipuler l’opinion ».
Au Kongo Central, le journaliste Gaetan Phambu, contacté par Congo Check, a dit ne pas avoir appris cet événement. Du côté du gouvernorat, la cellule de communication s’est refusée de tout commentaire face à ce qu’elle a qualifié de « rumeur ».


