L‘élection présidentielle en République centrafricaine (RCA), prévue pour décembre 2025, s’annonce dans un contexte de forte tension politique et institutionnelle, exacerbée par une décennie de crise et le changement constitutionnel de 2023.
La liste des dix candidats que mentionné dans un article de Oubangui Média est actuellement en attente de la validation finale par le Conseil Constitutionnel (ou l’Autorité Nationale des Élections – ANE). En l’absence de cette publication officielle définitive au moment de cette réponse, l’analyse porte sur les figures qui ont déposé leur dossier et les acteurs majeurs probables, en s’appuyant sur les informations disponibles en octobre 2025.
I. Les 10 Candidats Pressentis pour la Présidentielle de 2025
L’élection de 2025 s’articule autour de la candidature du président sortant, rendue possible par la nouvelle constitution, face à une opposition fragmentée mais résolue à dénoncer un processus jugé inéquitable.
Le Candidat du Pouvoir (MCU)
1. Faustin-Archange Touadéra (Mouvement Cœurs Unis – MCU)
Président sortant, Faustin-Archange Touadéra a été investi par son parti, le MCU, pour briguer un troisième mandat. Cette candidature est la conséquence directe du référendum constitutionnel d’août 2023, qui a supprimé la limitation du nombre de mandats présidentiels. Son principal argument de campagne reste la stabilisation du territoire et le rétablissement de l’autorité de l’État, s’appuyant notamment sur le soutien des alliés russes et rwandais.

Les Principaux Challengers de l’Opposition
L’opposition est regroupée au sein de diverses plateformes (comme le Bloc Républicain pour la Défense de la Constitution – BRDC) et rassemble d’anciens Premiers ministres et figures politiques historiques, dont :
2. Anicet Georges Dologuélé (Union pour le Renouveau Centrafricain – URCA)
Ancien Premier ministre et figure économique, il a été le principal rival de Touadéra lors des deux derniers scrutins (2016 et 2020). Il est l’une des voix les plus critiques contre le référendum de 2023.
3. Martin Ziguélé (Mouvement pour la Libération du Peuple Centrafricain – MLPC)
Ancien Premier ministre, il représente le parti historique de la social-démocratie centrafricaine. Il est un acteur constant des élections depuis 2005.
4. Crépin Mboli-Goumba (Patrie)
Avocat et coordonnateur du BRDC, Mboli-Goumba est un opposant de la première heure au projet de troisième mandat et un critique acerbe de la présence du groupe Wagner en RCA. Sa candidature symbolise la lutte pour le respect des institutions.
5. Karim Meckassoua
Ancien président de l’Assemblée nationale, son parcours illustre les fractures au sein de l’élite politique. Il représente une force d’opposition notable à Bangui.
6. Nicolas Tiangaye (Convention Républicaine pour le Salut – CRPS)
Ancien Premier ministre de transition (2013-2014), sa participation témoigne de la volonté des acteurs de l’ancienne transition de revenir sur le devant de la scène.
7. Catherine Samba-Panza
Ancienne présidente de la transition (2014-2016), elle est une figure morale et une des rares femmes à concourir, malgré les défis juridiques liés à son ancien rôle.
Autres Candidats Notables Attendus
La liste complète des dix (ou plus) candidats déposés inclurait probablement des figures moins médiatisées, représentant des partis mineurs ou se présentant en tant qu’indépendants, tels que :
8. Mahamat Kamoun
Ancien Premier ministre, il s’est souvent positionné comme une figure de consensus, bien que son influence électorale soit mesurée.
9. Sylvain Patassé
Fils de l’ancien président Ange-Félix Patassé, il tente de mobiliser la base électorale de son père.
10. Un candidat représentant un nouveau parti ou un indépendant de poids.
La complexité politique et l’émergence constante de nouvelles coalitions rendent la dixième place variable, potentiellement occupée par une figure issue de la société civile ou un ancien ministre écarté.
II. Piqûre de Rappel : La Situation en RCA (2015-2025)
La période 2015-2025 est celle d’une sortie de crise institutionnelle entravée par l’instabilité sécuritaire et l’ingérence étrangère croissante.
2015-2016 : Le Retour à l’Ordre Constitutionnel
L’année 2015 a été marquée par la fin de la période de transition. En 2016, l’élection de Faustin-Archange Touadéra, avec un fort taux de participation initial, a été accueillie comme un retour à la normalité après le chaos Séléka/anti-balaka de 2013-2014. Cependant, l’autorité de l’État ne s’étendait pas au-delà de Bangui et de quelques axes principaux.
2017-2020 : Fragmentation et Impunité
Malgré l’élection, la violence s’est poursuivie. Les groupes armés ont continué de se fragmenter, se disputant les territoires riches en ressources minières (or et diamants).
- L’accord de Khartoum (2019) : Signé entre le gouvernement et 14 groupes armés, il n’a eu qu’un impact limité sur la sécurité, l’impunité et le non-respect des cessez-le-feu restant la norme.
- L’arrivée des partenaires russes : Le gouvernement a progressivement renforcé sa coopération militaire avec la Russie, entraînant le déploiement de conseillers militaires et de combattants de la société de sécurité privée Wagner, en parallèle de la MINUSCA (Mission de l’ONU).
2020-2021 : La Guerre Électorale
L’élection de décembre 2020 a été le point de bascule.
- Offensive de la CPC : Une nouvelle coalition rebelle, la Coalition des Patriotes pour le Changement (CPC), a lancé une offensive pour bloquer le scrutin et prendre Bangui.
- Sécurité compromise : L’élection s’est tenue dans un climat de guerre, avec près de la moitié des bureaux de vote inaccessibles. La réélection de Touadéra, avec 53,92 % des voix, fut entachée par ces conditions et violemment contestée par l’opposition.
2021-2025 : L’Hégémonie du Pouvoir et la Crise Institutionnelle
La période post-électorale a vu le gouvernement reprendre le contrôle de certaines zones clés grâce à ses alliés.
- Consolidation du pouvoir : Le président Touadéra a renforcé son contrôle sur les institutions.
- Le Référendum Constitutionnel (2023) : Le vote d’une nouvelle constitution a aboli la limite des mandats présidentiels. Ce changement a été dénoncé par l’opposition comme une tentative de confiscation du pouvoir, jetant une ombre sur la crédibilité de l’élection de 2025.
- Les défis de 2025 : L’ANE a été confrontée à des contraintes financières et organisationnelles, forçant le glissement du calendrier électoral. Les élections locales (jamais organisées depuis plus de 40 ans) et la présidentielle se tiendront dans un environnement où la question de l’équité et de la sécurité du processus est au centre des préoccupations, avec une MINUSCA dont le mandat a été prolongé jusqu’à fin 2025 pour assurer la stabilité.
La présidentielle de 2025 se déroulera donc avec un enjeu majeur : la légitimité du processus et l’équilibre précaire entre la volonté du pouvoir de s’inscrire dans la durée et l’aspiration de l’opposition et de la société civile à un changement démocratique.
Ce reportage de France 24 sur les élections locales prévues en 2025 en Centrafrique (qui ont été couplées à la présidentielle dans le chronogramme) souligne les défis d’organisation et le retard du calendrier électoral, des éléments cruciaux pour comprendre le contexte de l’élection à venir : Central African Republic: local elections planned for 2025 • FRANCE 24.


