Des clichés de l’artiste musicien congolais Iragi Bahaya Jonathan dit Bargoss posant à l’aéroport de Goma dans une tenue similaire à celles de société de gardiennage sont publiés sur plusieurs plateformes numériques avec diverses représentations. Si certains pensent que l’artiste s’était filmé pendant ses heures de travail dans cet emplacement stratégique de la ville, d’autres pensent plutôt à une mise en scène dans le cadre d’un tournage de clips vidéo. Congo Check et Rien que les faits se sont entretenus avec Bargoss qui confirme le contexte dans lequel ces clichés avaient été pris. Il s’agit de l’un de ses moments de travail en tant qu’agent de sécurité de la Régie des Voies Aériennes (RVA) à l’aéroport international de Goma.
“Au-delà de sa carrière artistique, Bargoss a également travaillé à l’aéroport (avant la fermeture de l’aéroport de Goma en février dernier)! Voici ses photos en tenue de travail, on peut lire une forme de fierté, pour son travail, sur son visage” écrit un post sur Facebook.
En commentaires de cette publication, plusieurs internautes parlent d’une séance tournée dans le cadre d’un buzz (kuji brandi) pendant que certains y croient, donnant des témoignages d’une carrière partagée dans cet aéroport. Plusieurs confusions apparaissent également dans l’interprétation de l’image et son association avec le métier que l’artiste exerçait dans cette infrastructure : policier, agent de sécurité, gardiennage…
Bargoss, fier d’avoir servi en tant que policier de sécurité pour la RVA
Sur un ton de fierté, l’artiste Bargoss a indiqué à Congo Check et Rien que les faits qu’il a servis pendant une longue période. “Il ne s’agit pas d’une série de photos prises pour alimenter le buzz. Dans mon parcours, j’étais un ABSEC (ndlr = agent de sécurité aérienne) de la RVA à l’aéroport de Goma. C’est un poste de police de cette régie de navigation et contrôle aéroportuaire” explique l’auteur de la chanson Papa Roulage.
Bargoss indique que la sortie de contexte de ses images lui rappelle un passé dont il est fier certes, mais l’appelle à plus d’engagement dans sa carrière artistique actuelle. “La vie que je menais en tant qu’agent de la RVA et celle que je mène aujourd’hui en tant que musicien sont en contraste sur le plan de la rémunération” souligne-t-il tout en attestant garder de bons souvenirs de ses collègues durant cet épisode de sa carrière, constituant la pépinière de sa fan-base et un riche carnet d’adresses.
“Toutes les personnalités importantes voyagent via l’aéroport : influenceurs, ministres, présidents de la République… Et grâce à mon travail, j’avais un accès à cette catégorie de personnes, ce qui m’a permis de garder contact avec elle et ainsi garnir mon carnet d’adresses qui m’est aujourd’hui utile dans ma carrière artistique” renchérit le hitmaker originaire du quartier Himbi.
Un peu rancunier, Iragi Bahaya Jonathan clashe sur ceux qui le méprisaient durant ses prestations à l’aéroport qu’il gardera aussi la même posture face à eux actuellement.
Le Libanga, un vice ou une alternative à la faiblesse de l’industrie créative congolaise ?
Dans la vie artistique du paysage musical congolais, il est reconnu un caractère oisif d’acteurs de différents domaines scéniques. Reposant leur modèle économique sur le Libanga “un phénomène qui consiste à se faire payer de l’argent ou de biens de valeur par des mélomanes en contrepartie de dédicaces dans les chansons ou concerts), plusieurs artistes congolais n’investissent pas dans une recherche d’un emploi supplémentaire à leur art.
Des artistes musiciens, comédiens, sapeurs… ont fait de ce phénomène une véritable alternative à la faible mobilisation de revenus de leurs œuvres (vente de disques ou cinématographiques, non-structuration de la collecte de droits d’auteurs et autres propriétés intellectuelles, piraterie d’œuvres d’esprits).
Une dédicace d’un nom dans une chanson ou la consécration d’éloges d’une chanson entière à une personnalité (Libanga) peut coûter entre cent et cent mille dollars américains (100$ – 100.000$) selon les artistes, les milieux et les donateurs attestent plusieurs témoignages d’artistes récoltés par Congo Check.
Congo Check avait par exemple confirmé qu’il fallait réunir jusqu’à cinq mille dollars américains (5.000$) pour voir son nom être cité dans une chanson de l’artiste musicien INNOSS’B pendant que Fally Ipupa ou Ferre Gola ont déjà déclaré avoir reçu plus de trente mille dollars américains (30.000$) pour consacrer une chanson entière à la gloire d’une personnalité.


