Sur les réseaux sociaux, plusieurs internautes restent sceptiques suite à l’annonce de l’arrivée à Goma de l’ancien président Joseph Kabila faite par Corneille Nangaa, coordonnateur de l’Alliance Fleuve Congo/Mouvement du 23 Mars (AFC/M23). Ce dernier a indiqué lors d’une adresse aux cadres de cette plateforme politico-militaire que l’ancien président congolais, condamné par la justice militaire congolaise à une peine de mort était arrivé Goma et se montrerait en public prochainement.
« Nous avons un visiteur ici, c’est l’ancien président de la République, Joseph Kabila, un jour, nous viendrons avec lui ici pour qu’il puisse vous saluer » a déclaré Corneille Nangaa, coordinateur de l’AFC/M23 devant plusieurs notables du Nord-Kivu, réunis ce 12 janvier au musée de Himbi, qui sert de bureau au gouvernement provincial établi par ce mouvement, qui contrôle plusieurs territoires de provinces du Nord-Kivu et Sud-Kivu dans la partie orientale du Congo-Kinshasa.
Doutes, scepticisme et exigence de preuves par les internautes
Réagissant à cette annonce, plusieurs profils sur les réseaux sociaux doutent de sa véracité. Si les uns exigent des preuves visuelles attestant de la présence actuelle du leader du Parti du Peuple pour la Reconstruction (PPRD) dans la ville volcanique de Goma.
«Montrez-nous la vidéo ou les photos. Arrêtez de manipuler les gens. Kabila a fait son temps mais s’il veut combattre la République, nous devons avoir des preuves» s’exclame l’un de ces internautes.
D’autres qualifient de vieilles images, la vidéo sur laquelle l’on aperçoit Corneille Nangaa en train d’annoncer l’arrivée de Joseph Kabila à Goma.
Une présence à Goma attestée par des proches de Joseph Kabila
Faisant suite à ses éléments de doute, Congo Check s’est mis à vérifier cette information. Contacté, Patient Sayiba, ancien directeur de l’Office Général du Fret Maritime et Multimodal, Ogefrem, a certifié à Congo Check que Joseph Kabila séjourne à Goma.
«C’est vrai» a-t-il répliqué à la demande de Congo Check voulant savoir si les annonces actuelles sur le séjour de Joseph Kabila à Goma étaient fondés sur des faits.
Un autre proche de l’ancien président congolais et sénateur à vie dont les immunités avaient été levées par le parlement congolais dans le cadre d’une procédure judiciaire lancée contre celui-ci a indiqué à Congo Check que Joseph Kabila est arrivé à Goma dans la période du 5 au 6 janvier dernier. Celui-ci n’a pas voulu être cité suite à ses responsabilités actuelles.
Le retour de l’ancien président Joseph Kabila intervient dans un climat politique toujours tendu en République démocratique du Congo. Lors de son dernier séjour dans la région, le propriétaire de la ferme de la N’sele (Kingakati) avait tenu des consultations citoyennes avec plusieurs couches de la population à Goma et à Bukavu. Durant ces séances de travail, Joseph Kabila indiquait être venu dans cette zone administrée par les rebelles du M23 en vue d’apporter son soutien à la population congolaise de cette zone qui traverse d’énormes difficultés liées à la crise et pour apporter sa contribution à la recherche de la paix qui passe par un dialogue inclusif.
S’exprimant à l’époque en réponse aux questions de Congo Check, Barnabé Kikaya Bin Karubi, dernier conseiller diplomatique de Joseph Kabila alors président de la République démocratique du Congo, avait indiqué que la présence de Joseph Kabila à Goma n’avait aucun lien avec une alliance avec l’AFC/M23. Il avait par ailleurs souligné que les deux camps avaient le même objectif de mettre fin à la dictature qui s’installait à la tête du pays, mais avec deux différentes méthodes.
«Le M23/AFC est un mouvement politico-militaire qui a l’objectif de mettre fin à la dictature. Dans son dernier discours, le président honoraire a appelé toutes les parties à jouer leur partition afin de mettre fin à cette dictature. Nous avons aussi le même objectif mais avec différent(e)s chemins (méthodes) pour y parvenir. Si le M23 joue aussi sa partition de la manière dont il le fait, c’est au peuple d’en juger.»
En octobre dernier, Joseph Kabila a lancé à Nairobi au Kenya la plateforme politique “Sauvons la RDC”, regroupant plusieurs opposants congolais et membres de la société civile. L’objectif affiché par cette structure est de stopper la tyrannie en République démocratique du Congo et contribuer au retour de la paix notamment via un consensus de tous les acteurs politiques de toutes tendances.


