Au cours de la plénière de l’Assemblée Nationale du 15 juin 2025, Vital Kamerhe, président de la chambre basse du parlement congolais, a annoncé la tuerie de 318 personnes dans le territoire de Moba dans la province du Tanganyika. Il a précisé au cours de son discours que ces “tueries survenues la veille sont l’œuvre des miliciens”. La séquence vidéo de cette triste nouvelle rendue publique lors de cette séance, un dimanche, qui a fait observer une minute de silence “en mémoire de victimes de ce drame” a fait le tour de réseaux sociaux et des médias traditionnels tant nationaux qu’internationaux. Pourtant ce fait ne s’est jamais produit à Moba ou dans le territoire portant le même nom.
“Le Tanganyika saigne ! 318 vies arrachées brutalement. Si vous avez échoué à protéger la population, dégagez”; écrit la page de James Mukeshaba suivie par plus de 132 milles personnes et récoltant plusieurs millions de vues et d’impressions mensuelles.
L’information fait aussi la une des médias internationaux à l’instar de cet article de l’agence de presse Chine Nouvelles, qui titre : «RDC : au moins 318 morts dans une attaque armée dans l’est du pays (officiel)».
Des sources locales s’étonnent de ce lourd bilan sans base factuelle
Alertée par la propagation exponentielle de cette fausse information et l’émoi qu’elle suscite au sein de l’opinion publique, l’équipe de Congo Check se mobilise afin de traquer les évidences pouvant confirmer les faits y relatifs.
À 9 heures 47 minutes locales, elle parvient à avoir au téléphone Kanfwa Kyongo Victoire, administrateur du territoire de Moba. Ce dernier, surpris également par la publication de cette infox sur internet, explique à Congo Check qu’aucun massacre contre les civils, encore moins une tuerie quelconque ne se sont produits dans l’entité qu’il administre. Et il révèle que même par le passé un massacre avec un bilan de 318 morts n’a jamais eu lieu dans cette entité administrative.
«Il n’y a pas eu des tueries partout dans le territoire de Moba moins encore d’affrontements survenus ces derniers temps dans mon entité administrative. La quiétude règne malgré les poches d’insécurité consécutives aux querelles sur le contrôle de barrières routières par les milices d’autodéfense locales», explique cette autorité étatique qui s’interroge sur l’origine de l’information partagée par Vital Kamerhe.
Kanfwa Kyongo Victoire détaille à Congo Check que l’armée congolaise n’a pas amorcé des opérations de traque contre ces groupes d’autodéfense, qui pouvaient justifier des bilans macabres. «Par contre, les services de sécurité se sont déployées depuis quelques jours dans des activités de sensibilisation, appelant les groupes de miliciens à renoncer à l’activisme armé afin de faciliter un climat de paix et de stabilité mais également de cohabitation pacifique dans la région», renchérit-il.
🛑🔍 Après vérifications scrupuleuses sur le terrain, aucune exaction n’a été enregistrée à #Moba (#Tanganyika) dans la nuit de samedi à dimanche.
— Christian Kitungwa (@ChrisKitungwa) June 16, 2025
Des informations évoquant 318 morts ont circulé, suscitant l’émoi. Elles ne correspondent pas aux constats faits sur le terrain.…
Réagissant sur cette désinformation, Christian Kitungwa, gouverneur de la province du Tanganyika a, via son compte X (ex Twitter), fixé l’opinion.
«Après vérifications scrupuleuses sur le terrain, aucune exaction n’a été enregistrée à Moba (Tanganyika) dans la nuit de samedi à dimanche. Des informations évoquant 318 morts ont circulé, suscitant l’émoi. Elles ne correspondent pas aux constats faits sur le terrain. Depuis 2020, des milices armées sévissent dans la région. Le gouvernement provincial, en coordination avec les autorités nationales congolaises, reste pleinement mobilisé pour restaurer la paix et neutraliser ces groupes. Aucune poche d’insécurité ne sera tolérée au Tanganyika !»
L’Assemblée Nationale pointe du doigt le caucus des députés du Tanganyika, l’armée dément
Dans un communiqué officiel publié le 16 juin dans la soirée, le chef de cabinet du rapporteur de l’Assemblée Nationale a apporté un démenti de cet organe législatif par rapport au chiffre de 318 morts à Moba, énoncé la veille par son président Vital Kamerhe.
“Au cours de la séance plénière du 15 juin 2025, l’Honorable Président de l’Assemblée nationale a annoncé l’assassinat de 318 personnes à Moba à la suite d’une attaque d’un groupe de miliciens” écrit le document signé par Philbert Kanika Sumbayi.
“L’honorable rapporteur de l’Assemblée Nationale porte à la connaissance du public qu’après vérification, ce nombre de victimes communiqué au président de l’Assemblée Nationale par le caucus des députés nationaux originaires de la province meurtrie est erroné.”
De leur côté, les Forces Armées de la République démocratique du Congo [FARDC] ont publié un démenti indiquant qu’un massacre d’une telle ampleur n’a pas eu lieu dans ladite région.
Un cumul sur 4 ans ? Les données dessinent un tableau contre ce scénario !
Rebondissant plusieurs heures après la viralité de l’infox, plus précisément le 17 juin, le caucus des députés nationaux originaires de la province du Tanganyika, source du rapport duquel le président de l’Assemblée Nationale avait tiré ces chiffres, ont fait plusieurs sorties expliquant que les chiffres sont un cumul des tueries en territoire de Moba sur une période de 4 ans.
- Congo Check s’est de nouveau penché sur cette assertion particulière afin de vérifier la véracité de données y afférentes. Il relève des analyses de plusieurs corpus documentaires effectuées par Congo Check que des preuves n’etayent pas totalement que le chiffre exact de 318 morts ait été enregistré dans cette région en 4 ans.
- Ci-dessous un tableau récapitulatif des chiffres récoltés grâce aux données ouvertes sur différents bilans officiels et des organisations locales et internationales sur les tueries et les decès par catastrophes naturelles survenes entre 2021 et 2025 dans le territoire de Moba. N’étant pas exhaustives, les données donnent une tendance sur les incidents sécuritaires survenus et clidans cette région durant cette période afin de comparer les chiffres récoltés par l’équipe de Congo Check et celle du caucus de députés nationaux élus du Tanganyika. La démarche vise à dégager les tendances sur un rapprochement ou un éloignement entre les chiffres obtenus par les deux entités.
Ce cas d’école reste un exemple parfait illustrant de la difficulté à discerner la réalité sur des faits qui se produisent et sont rapportés par les canaux officiels. Les méthodes de vérification des faits recommandent une triangulation via diverses sources indépendantes et d’aller au delà de l’officiel afin de réunir toutes les preuves possibles mettant en avant les éléments factuels en lien avec l’événement concerné par la recherche.


