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Rapport d’Investigation : autopsie d’une rumeur sur la mort de Sultani Makenga et confirmation de la chute de Willy Ngoma

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Dans le théâtre complexe des opérations militaires dans l’Est de la République Démocratique du Congo, la guerre des balles se double systématiquement d’une guerre des ondes et des octets. Depuis les frappes chirurgicales menées par les drones des FARDC dans la zone de Rubaya (Masisi) fin février 2026, l’espace numérique congolais est saturé d’informations contradictoires. Si le décès de Willy Ngoma, porte-parole militaire du M23, est un fait désormais acté par l’organisation elle-même, l’annonce de la mort du général Sultani Makenga relève, après analyse croisée des sources primaires, d’une opération de désinformation. Sultani Makenga est en vie.


1. Le silence éloquent de Lawrence Kanyuka

Pour quiconque suit de près la communication de l’Alliance Fleuve Congo (AFC) et du M23, le compte X de Lawrence Kanyuka (@LawrenceKanyuka), point focal de la communication de la rébellion, constitue la source officielle de référence. Une analyse minutieuse de ses interventions depuis le 24 février 2026 révèle une posture qui contredit formellement la thèse de la disparition de Sultani Makenga.

Dans ses publications récentes, Lawrence Kanyuka multiplie les hommages vibrants à Willy Ngoma. Le ton est à la solennité et au deuil héroïque pour celui qu’il qualifie de « grand patriote ». Cependant, à aucun moment, le responsable de la communication ne fait mention, directement ou par euphémisme, d’une quelconque atteinte à l’intégrité physique du commandant en chef, Sultani Makenga.

Dans la structure très hiérarchisée du M23, la mort du chef d’état-major général ne pourrait être passée sous silence par le porte-parole officiel, car elle nécessiterait une réorganisation immédiate et une annonce formelle pour maintenir la cohésion des troupes. Le fait que Kanyuka continue de poster des communiqués de revendication politique sans altération de la chaîne de commandement suggère que le sommet de la pyramide militaire est toujours en place.

2. L’analyse OSINT de Rodriguez Katsuva : Le verrou du fact-checking

Le travail d’investigation numérique mené par le journaliste Rodrigue Katsuva (@Katsuva_R) a été déterminant pour déconstruire la mécanique de cette infox. Katsuva, habitué à scruter les dynamiques du Nord-Kivu, a appliqué des protocoles de vérification rigoureux sur les contenus visuels circulant sur X et WhatsApp.

Ses conclusions sont sans appel :

  • Contamination iconographique : Les images circulant sur les réseaux sociaux et prétendant montrer le corps de Sultani Makenga après la frappe de Rubaya sont des faux grossiers. Rodrigue Katsuva a démontré que plusieurs de ces clichés proviennent d’archives datant de la chute du M23 en 2013 ou de conflits tiers en Afrique subsaharienne.
  • Absence de preuves de terrain : Malgré la présence de sources locales et de réseaux de renseignement citoyen à Rubaya et Mushaki, aucun témoignage fiable ne confirme la présence de Makenga dans le convoi visé. Katsuva souligne que si la mort de Willy Ngoma a été immédiatement « documentée » par des fuites internes à la rébellion, un silence total entoure Makenga, signe qu’il n’était pas sur les lieux de l’impact.

3. Le communiqué officiel de l’AFC/M23 : Une preuve par l’omission

Le document le plus probant reste le communiqué officiel diffusé par la direction politique de l’AFC suite à l’incident de Rubaya. Ce texte remplit deux fonctions : la nécrologie et la propagande.

En citant nommément Willy Ngoma et en détaillant les circonstances de sa « fin glorieuse », le M23 valide la précision des frappes gouvernementales sur ce cadre précis. Toutefois, l’omission du nom de Sultani Makenga dans un document de cette importance est capitale. Dans le jargon du renseignement militaire, il s’agit d’une « omission significative ». S’il y avait eu une double perte (Ngoma et Makenga), le mouvement aurait soit gardé un silence total sur les deux, soit annoncé les deux décès pour capitaliser sur une thématique de « martyre collectif ». Isoler la mort de Willy Ngoma confirme indirectement que le « gros poisson » de la rébellion a échappé à l’attaque.

4. La stratégie derrière l’infox

Pourquoi annoncer la mort de Makenga maintenant ? La mort réelle de Willy Ngoma a créé une brèche psychologique. Les partisans des FARDC et certains stratèges de la communication gouvernementale ont pu tenter d’amplifier ce succès en y ajoutant le nom de Makenga pour provoquer un effondrement moral chez les rebelles.

C’est une technique de « saturation informationnelle » : en mêlant une vérité incontestable (Ngoma est mort) à un mensonge probable (Makenga est mort), on crée une vérité hybride que le public non averti absorbe sans discernement.


Conclusion

L’examen des comptes de Lawrence Kanyuka et de Rodriguez Katsuva, couplé à l’analyse du dernier communiqué de la rébellion, permet de conclure avec une certitude quasi-totale que Sultani Makenga est toujours en vie. La perte de Willy Ngoma est un coup dur pour la communication du M23, mais le pilier militaire du mouvement n’a pas été décapité lors de l’opération de Rubaya.

La vigilance reste de mise, car dans ce conflit, l’information est souvent périmée en quelques heures. Toutefois, à l’heure actuelle, la rumeur sur la mort de Makenga doit être classée comme une infox.

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