Sur Facebook, une publication largement relayée raconte une scène présentée comme réelle et filmée à bord d’un avion de ligne. Selon ce récit, un pilote annonce calmement l’atterrissage imminent de l’appareil, mais oublie d’éteindre son micro. Il serait alors entendu en train de dire à son copilote qu’il va d’abord boire un thé chaud, puis embrasser une hôtesse. Cette dernière, choquée, se précipiterait pour couper le micro, trébucherait sur le pied d’un enfant et tomberait, avant que ce dernier ne fasse une remarque humoristique. Présentée comme un fait réel, cette histoire a suscité de nombreuses réactions amusées et moqueuses sur les réseaux sociaux. Pourtant, elle est fausse et trompeuse. Les vérifications menées par Congo Check montrent qu’il s’agit d’un récit entièrement inventé, illustré par des images provenant de deux incidents distincts et sans lien entre eux. Il s’agit d’un cas typique de rage bait, un type de contenu conçu pour susciter des réactions émotionnelles fortes comme une indignation, de la colère ou l’amusement afin de générer de l’engagement.
La publication examinée par l’équipe de Congo Check circule notamment sur Facebook ( 1 , 2 , 3 ) et a été partagée à plusieurs reprises, accompagnée d’un texte narratif détaillé donnant l’impression d’un incident authentique survenu à bord d’un avion commercial.
Ces publications ( 1 , 2 , 3 , 4 , 5 , 6 , 7 , 8 , 9 , 10 , 11 , 12 ) ont généré des centaines de réactions en commentaires. Pour la majorité des internautes, l’histoire est perçue comme très drôle et ne manque pas de provoquer des éclats de rire.
Des pages congolaises ( 1 , 2 , 3 , 4 , 5 , 6 , 7 ) ont également relayé cette histoire en l’illustrant avec ces images sorties de leur contexte. D’autres publications utilisent même des images générées par intelligence artificielle, tandis que certaines réemploient des photos réelles appartenant à des compagnies aériennes n’ayant aucun lien avec le récit.
Une histoire sans contexte précis
Lorsque Congo Check a entrepris de vérifier cette histoire, plusieurs éléments ont immédiatement éveillé des soupçons. Le récit ne répond pas aux règles fondamentales des 5W du journalisme (Who, What, When, Where, Why). Aucune information précise n’est fournie sur la compagnie aérienne concernée, le numéro du vol, la date exacte des faits ou l’aéroport impliqué.
Or, comme le rappelle un guide de lutte contre la désinformation, une information fiable doit impérativement répondre à ces cinq questions essentielles. Leur absence constitue un indicateur fréquent des fausses nouvelles, qui omettent volontairement des détails vérifiables afin de paraître plausibles sans pouvoir être confirmées.
Malgré ces lacunes évidentes, de nombreux internautes ont pris cette histoire pour un fait réel et l’ont commentée comme un incident embarrassant capté par inadvertance.
Des images issues de deux incidents distincts et sans lien
Face à ce flou, notre équipe a procédé à des recherches d’images inversées. Celles-ci renvoyaient principalement vers d’innombrables publications relayant la même désinformation. Pour établir le véritable contexte, nous avons élargi nos recherches à l’aide de mots-clés en anglais sur Google, ce qui nous a conduits vers des enquêtes déjà menées par des médias spécialisés en fact-checking, notamment Telugu Post et Factly.
Ces vérifications montrent clairement que les images utilisées ne documentent pas la scène décrite. Elles proviennent de deux incidents distincts, survenus respectivement en 2014 et 2016, dans des contextes totalement différents.
Image 1
La première image du collage montre un incident survenu en 2014, lorsqu’un passager chinois a jeté de l’eau bouillante sur une hôtesse de l’air à bord d’un vol AirAsia reliant Bangkok à Nanjing, à la suite d’une dispute.
Les reportages (ici, ici et ici) de décembre 2014 qui contenaient cette image indiquaient que l’image montre un agent de bord qui a été attaqué par un passager.


Images 2 et 3
Les deuxième et troisième images proviennent d’un incident de 2016 impliquant une hôtesse de la compagnie russe Aeroflot, distraite par des supporters de football pendant une démonstration de sécurité à bord.

Ces images ont été réutilisées hors contexte pour donner une apparence de crédibilité à une histoire totalement fabriquée.
Aucun enregistrement réel ni source officielle
Aucune compagnie aérienne, aucune autorité de l’aviation civile et aucun média crédible n’a rapporté un tel incident. Par ailleurs, les procédures de communication à bord des avions commerciaux sont strictement encadrées, rendant le scénario décrit hautement improbable.
Un rage bait à vocation humoristique
Les éléments analysés indiquent que cette publication relève d’une fiction humoristique, conçue pour divertir et provoquer des réactions émotionnelles. Ce type de contenu est communément appelé rage bait, un procédé visant à maximiser l’engagement en jouant sur les émotions du public.
Toutefois, en étant présentée comme un fait réel, elle devient trompeuse. Comme le soulignent les confrères vérificateurs, il s’agit d’une histoire fabriquée, accompagnée de visuels recyclés, sans lien direct avec le récit raconté.
Toutefois, lorsqu’une telle histoire est présentée comme un fait réel, elle devient trompeuse et contribue à la désinformation.
Pourquoi cette contextualisation est importante
Remettre cette publication en contexte est essentiel, car les histoires inventées présentées comme des faits réels contribuent à banaliser la désinformation, même lorsqu’elles semblent anodines ou humoristiques. En mélangeant fiction et images réelles sorties de leur contexte, ce type de contenu brouille la frontière entre information et divertissement.
Ce contenu peut aussi nuire à l’image et à la réputation de compagnies aériennes étrangères aux faits racontés, ainsi qu’à celle de leur personnel navigant, exposé à des jugements, moqueries ou soupçons injustifiés. Mais surtout, cette fausse histoire humoristique affaiblit la vigilance du public face aux fausses informations.


