En ce début d’année 2026, une désinformation vieille de plus de 2 ans a refait surface dans l’espace numérique congolais. Nourrie par plusieurs mois, cette désinformation affirme qu’après des propos attribués au président rwandais Paul Kagame sur les frontières héritées de la colonisation, le Roi Philippe de Belgique serait « sorti de son silence » pour lui répondre. Selon ce message, le souverain belge aurait déclaré que le Rwanda n’existait pas avant 1880 et que son territoire serait une terre congolaise. Une vérification des faits montre que ces propos sont faux.
Sur Facebook, des dizaines de canaux ont pourtant relayé ce contenu avec une forte dose de viralité (ici, ici, …). « Kagame doit savoir que le Rwanda n’existait pas avant 1880 mais l’empire Kongo actuel Congo RDC. Oui, le Rwanda est une terre Congolaise », aurait ainsi déclare le Roi des Belges. Pour vérifier l’authenticité de ces propos, Congo Check a monitoré les comptes officiels du palais royal Belgique sur les réseaux sociaux sans trouver de trace allant dans le sens de réagir à la récente déclaration du président Kagame. Toutefois, les messages adressés au Palais royal pour un commentaire n’ont pas abouti pour le moment. Cependant, Congo Check a constaté que toutes les interventions publiques du Roi des Belges sont toujours consignées, publiées et reprises sur le compte X de la Belgian Royal Palace.
En 2023, cette même désinformation avait également circulé dans un tout autre contexte et avait déjà fait l’objet d’une vérification de nos équipes qui ont découvert que les phrases évoquant une prétendue appartenance du Rwanda au Congo ou niant l’existence historique du Rwanda ne figurent dans aucun discours officiel du Roi.
Une recherche Google a également permis d’attester que les déclarations authentifiées du Roi Philippe concernant l’Afrique portent essentiellement sur la République démocratique du Congo. À plusieurs reprises, notamment lors de visites officielles, il a exprimé de profonds regrets pour les violences, les humiliations et les injustices commises durant la période coloniale belge (voir ici, ici et ici). Ces propos s’inscrivent dans une démarche de reconnaissance historique, sans jamais évoquer de revendications territoriales ni de jugement sur l’existence ou la légitimité d’un État africain contemporain.
Dans son ouvrage « Le génocide des Tutsi du Rwanda », l’historien français Florent Piton, chercheur au Centre d’études en sciences sociales sur les mondes africains, américains et asiatiques (CESSMA), a présenté le Rwanda comme « l’un des principaux royaumes d’Afrique des Grands Lacs ». Selon les conclusions de ses recherches, cette dynastie remonte au XIVe siècle, voire au Xe. «Mais sa création daterait plutôt de la seconde moitié du XVIIe lorsqu’un puissant chef lignager et possesseur de bétail, Ruganzu Ndori, serait parvenu à se constituer un domaine et à imposer son autorité à d’autres chefs locaux grâce à la redistribution de vaches dans le cadre d’une nouvelle relation de clientèle, l’ubuhake. Les terres de Ndori se seraient alors étendues de part et d’autre de la rivière Nyabarongo, autour de la région historique du Nduga qui allait devenir le cœur géographique et symbolique de la royauté. À force de conquêtes et de razzias, lui et ses successeurs auraient repoussé peu à peu les frontières de leur territoire [Newbury, 2001 ; Vansina, 2001]. À la fin du xixe siècle, les frontières du royaume rwandais avaient sensiblement avancé », écrit-il dans son livre. Une thèse qui contredit également les propos faussement attribués au Monarch belge.
Sur Internet, la fausse attribution » apparaît souvent dans des contextes de tensions régionales. L’utilisation du nom d’une figure d’autorité internationale vise à renforcer artificiellement la crédibilité d’un message et à influencer l’opinion publique.


