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Non, l’aéroport de N’Djili ne va pas devenir le premier en Afrique à obtenir une certification de sécurité

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Depuis la fin de l’année 2025, le secteur aéroportuaire congolais est en ébullition avec l’annonce, par le ministre sectoriel, des travaux d’envergure dans plusieurs villes du pays. Sur Facebook, des propos de Jean-Pierre Bemba, ministre des transports en RDC, ont été rapportés sans vérification alors qu’il a annoncé une certification prochaine de l’aéroport international de N’Djili en matière de sécurité. Selon les publications qui véhiculent ce message de l’officiel congolais, cette certification fera de l’aéroport kinois le premier en Afique à atteindre ce rang. Une version contredit par les faits que Congo Check a recueilli.

Contrairement à une idée largement répandue, il n’existe pas une seule certification universelle qui classerait les aéroports selon des niveaux tels que Gold, Silver ou Bronze en matière de sécurité. Le système aéronautique international repose plutôt sur plusieurs mécanismes distincts, portés par des organisations différentes, qui se complètent mais ne se remplacent pas.

La certification la plus fondamentale est la certification d’aérodrome selon les normes de l’OACI (Organisation de l’aviation civile internationale). Elle est délivrée par l’autorité nationale de l’aviation civile de chaque pays et atteste qu’un aéroport respecte les exigences minimales de sécurité pour l’exploitation des vols commerciaux. Cette certification couvre notamment l’état des pistes, les procédures opérationnelles, les services de secours et de lutte contre l’incendie, la signalisation, ainsi que l’existence d’un système de gestion de la sécurité (SMS). Il s’agit d’une certification réglementaire et obligatoire pour les aéroports internationaux.

À côté de cette certification étatique, il existe des audits techniques internationaux, dont le plus connu est l’ISAGO (IATA Safety Audit for Ground Operations), mis en place par l’Association internationale du transport aérien (IATA). L’ISAGO ne certifie pas un aéroport en tant qu’infrastructure, mais audite les sociétés de services au sol qui y opèrent (manutention, chargement, bagages, ravitaillement, opérations piste). Un prestataire enregistré ISAGO est reconnu conforme aux standards internationaux de sécurité opérationnelle. 

Parallèlement, l’Airports Council International (ACI), organisation mondiale représentant les exploitants d’aéroports, délivre des accréditations et programmes d’excellence, qui ne sont pas des certifications légales mais des reconnaissances internationales de bonnes pratiques. Parmi elles figure le programme APEX in Safety et APEX in Security, qui consiste en une évaluation volontaire menée par des experts internationaux afin d’identifier les forces et faiblesses d’un aéroport en matière de sécurité et de sûreté. Un aéroport ayant participé à APEX n’est pas « certifié », mais il démontre un engagement à se conformer aux meilleures pratiques internationales.

L’ACI gère également l’Airport Health Accreditation, axée sur la gestion des risques sanitaires, ainsi que l’Airport Carbon Accreditation, qui évalue la gestion environnementale des émissions de carbone. Cette dernière est la seule accréditation ACI comportant des niveaux progressifs (de la cartographie des émissions à la neutralité et à la transformation), mais elle ne concerne pas la sécurité.

Enfin, certains aéroports détiennent des certifications ISO (ISO 9001 pour la qualité, ISO 14001 pour l’environnement, ISO 45001 pour la santé et sécurité au travail, ISO 27001 pour la sécurité de l’information). Ces normes renforcent la gouvernance et la crédibilité institutionnelle, mais ne remplacent pas les certifications aéronautiques.

Dans tous les cas de certification cités, des aéroports africains sont déjà répertoriés. En Afrique, huit aéroports détiennent des certificats Apex Safety & Security, dont deux au Nigéria. Les autres sont en Mauritanie, à Maurice, en Namibie, en Tunisie, en Zambie et à l’île de la Réunion. Si l’aéroport international de N’Djili parvenait à intégrer ce programme, il serait logiquement le 9ème sur la liste.

Cette confusion autour des prétendues « certifications Gold » rappelle le concept de désinformation institutionnelle, où des responsables publics ou des sources officielles utilisent des termes techniques imprécis, inexistants ou mal compris pour valoriser des projets ou des infrastructures. Dans le domaine aéronautique, particulièrement normé et encadré, l’emploi de labels non reconnus par les organisations internationales compétentes (OACI, IATA, ACI) peut induire le public en erreur et brouiller la distinction entre certifications réglementaires, audits techniques et simples accréditations volontaires. Lorsqu’elle émane d’autorités ou est reprise sans vérification, cette communication approximative contribue à fragiliser la crédibilité institutionnelle et souligne la nécessité d’un fact-checking rigoureux, y compris sur des sujets techniques présentés comme acquis ou officiels.

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