Tout est parti d’un long message WhatsApp qui s’est propagé à grande vitesse dans les groupes congolais et rwandais. « La négociation de Doha est terminée, un accord préliminaire a été remis aux parties et la signature définitive interviendra dans 48 heures. Les États-Unis ont exigé que les délégations soient retenues à Doha jusqu’à la signature. », explique le message. La rumeur, assortie d’une longue liste de conditions « non négociables », a immédiatement suscité espoir, confusion et scepticisme, devenant du coup viral sur les réseaux sociaux. Pourtant, la réalité est bien différente.
Si les médiateurs qataris ont effectivement transmis un projet d’accord aux délégations de la République démocratique du Congo et du M23, comme l’a confirmé Associated Press, les pourparlers ne sont pas pour autant achevés. Selon Reuters, la date-butoir du 18 août fixée par le Qatar a été dépassée sans signature, et les discussions ont même « piétiné ». Des journalistes approchés, notamment Steve Wembi, ont confirmé l’arrivée de deux délégations à Doha, entre le 19 et le 20 août. Cependant, au 20 août, les négociations n’avaient pas encore repris.
Le 19 août, Dr. Al Ansari, conseiller du Premier ministre qatari porte-parole officiel du ministère des Affaires étrangères a évoqué les efforts continus de l’État du Qatar pour soutenir le processus de paix en République du Congo, affirmat que le chef de la diplomatie qatarie est contact permanent avec les parties concernées, « malgré la complexité de la situation, avec l’engagement de trouver des solutions constructives et de soutenir la volonté des parties de parvenir à un accord durable ». « Les deux parties sont impliquées de façon positive. Nous nous impliquons avec eux également (…) et nous restons dévoués au processus », a-t-il déclaré.
Autre confusion : le message viral cite en bloc des conditions présentées comme « imposées » par les États-Unis, allant de la dissolution pure et simple du M23 à la minimisation de la menace des FDLR. Ces deux détails sont contraires aux prescrits de l’Accord de Washington que les États-Unis ont pourtant parrainé. Approché, le département d’État n’a pas donné suite pour un commentaire. Congo a toutefois passé en revue cet accord signé en juin 2025 entre Kigali et Kinshasa qui prévoit trois points clés : le retrait des forces rwandaises du territoire congolais, le désarmement des groupes armés et une intégration conditionnelle et individualisée de certains combattants au sein des FARDC et de la Police nationale. Le Conseil on Foreign Relations, un think tank qui analyse la politique étrangère des États-Unis et la situation politique mondiale, résume cet aspect en parlant d’une réintégration « au cas par cas » sous des critères stricts. Aucune mention de dissolution immédiate du M23 ni de négation radicale des FDLR n’est repris dans ce texte.
Concernant ces derniers, le message viral affirme qu’ils seraient réduits à « moins de 1 500 vieillards avec leurs dépendants, inactifs depuis 2012 ». Si les rapports récents du Groupe d’experts de l’ONU estiment effectivement leurs effectifs entre 1 000 et 1 500 combattants, ils soulignent également que leur menace reste réelle et évolutive.
Ce récit partagé en ligne confond faits et rumeurs. Un projet d’accord existe bien à Doha, mais il n’a pas encore abouti. Les États-Unis n’ont pas imposé de rétention aux délégations. L’accord de Washington ne prévoit pas la dissolution totale du M23, mais une intégration au cas par cas sous conditions strictes. Et la question des FDLR demeure complexe, loin de l’image caricaturale relayée par la rumeur. Aussi, ce sujet n’est pas traité à Doha, qui est un cadre qui réunit uniquement le gouvernement congolais et le M23.


