Depuis quelques temps, une publication circule massivement sur les réseaux sociaux, notamment sur Facebook et WhatsApp, affirmant la découverte d’un animal extraordinaire. Selon la légende, cet être serait « l’animal le plus complexe du monde », une espèce unique vivant exclusivement dans la réserve d’Epulu, en province de l’Ituri, en RDC.
L’image montre une créature à la fourrure blanche et soyeuse, parée de cornes bleues et de motifs fluorescents. Cependant, derrière ce récit fascinant se cache une réalité bien différente : cet animal n’existe pas.

La vérité derrière l’image : une œuvre d’art, pas un miracle
L’examen minutieux de ce visuel révèle qu’il ne s’agit pas d’un organisme biologique, mais d’une création artistique.
- L’origine de la création : Cette créature est une « poupée d’art » (art doll) fabriquée à la main par l’artiste russe connue sous le pseudonyme de Santani. Elle est célèbre pour ses sculptures hyperréalistes de créatures fantastiques.
- Les matériaux utilisés : Pour obtenir ce rendu si particulier, l’artiste utilise une armature en plastique ou en fil de fer, de la pâte polymère pour le visage et les pattes, et de la fourrure synthétique de haute qualité pour le corps.
- Une confusion délibérée : Les photos de ses œuvres sont régulièrement volées sur ses portfolios en ligne (comme DeviantArt ou Instagram) pour alimenter des légendes mensongères à travers le monde.
Pourquoi la réserve d’Epulu est-elle citée ?
Le choix de localiser cette « découverte » dans la réserve d’Epulu n’est pas dû au hasard. La Réserve de faune à okapis (RFO), située en Ituri, est un site du patrimoine mondial de l’UNESCO mondialement connu pour sa biodiversité exceptionnelle et ses espèces endémiques.
En associant une image fantastique à un lieu réel et prestigieux, les auteurs de l’infox cherchent à :
- Crédibiliser le mensonge : Le public sait que l’Ituri abrite des animaux rares (comme l’okapi), ce qui rend l’idée d’une nouvelle découverte plausible.
- Exploiter la fierté nationale : En affirmant que l’animal est « unique seulement en RDC », le contenu incite les internautes congolais à partager la publication par patriotisme.
Le piège de l’engagement bait et du trafic YouTube
La publication contient un appel à l’action précis : « Tu veux en savoir plus sur cet animal ? Allez sur YouTube écrit l’unique nouvelle espèce animal ». C’est ici que réside le véritable but de cette opération.
- Générer du trafic : Ces publications sont des « appâts à engagement » (engagement bait). Elles visent à diriger les utilisateurs vers des chaînes YouTube souvent monétisées ou des sites web remplis de publicités.
- Algorithmes de recommandation : En poussant des milliers de personnes à effectuer la même recherche sur YouTube, les auteurs manipulent les algorithmes pour faire remonter leurs vidéos, même si celles-ci ne contiennent aucune information véridique.
- La “ferme à clics” : Plus l’image est partagée, plus la page qui l’a publiée gagne en visibilité, augmentant ainsi sa valeur commerciale ou sa capacité à diffuser d’autres fausses informations plus tard.
Comment reconnaître ces supercheries à l’avenir ?
Pour ne plus tomber dans le panneau de ces « découvertes » miraculeuses, voici quelques indices qui doivent vous alerter :
- L’aspect “peluche” : Les animaux réels ont rarement une fourrure qui ressemble à du synthétique peigné. Les yeux des poupées d’art sont souvent des globes en verre très fixes qui manquent de l’humidité naturelle d’un œil vivant.
- L’absence de sources scientifiques : Si une telle espèce était découverte, elle ferait la une de grands magazines scientifiques comme National Geographic ou des sites officiels du ministère de l’Environnement de la RDC. Une vidéo YouTube anonyme n’est jamais une source fiable.
- Les couleurs trop saturées : Des motifs bleu néon ou rose fluo sur une fourrure blanche sont quasi inexistants dans la nature pour les mammifères (à l’exception de quelques phénomènes de bioluminescence très spécifiques et moins visibles).
Conclusion : La biodiversité de la RDC est effectivement l’une des plus riches au monde, mais elle n’a pas besoin de créatures imaginaires pour être admirée. Protégeons nos espèces réelles, comme l’okapi, en commençant par protéger notre espace numérique contre les mensonges.


