Une publication virale, diffusée principalement sur Facebook, affirme qu’« il n’y a jamais eu de pandémie et que le mensonge a été maintenu pour injecter 5,5 milliards de personnes avec une substance intentionnellement dangereuse ». Ces propos sont attribués au Dr Michael Yeadon, présenté comme un ancien cadre de Pfizer. Les visuels et vidéos qui relaient cette affirmation ont été partagés des milliers de fois et continuent de susciter de nombreuses réactions. Soulevées il y a plusieurs années, ces déclarations réapparaissent régulièrement dans des cercles complotistes et sont perçues par certains internautes comme une révélation crédible. Pourtant, ces affirmations sont fausses, trompeuses et dépourvues de toute preuve scientifique vérifiable.
Postée le 23 janvier dernier, cette publication se présente comme une pensée du jour à méditer.
Dans une vidéo largement partagée, on voit le Dr Yeadon s’exprimer en anglais sur ce qu’il qualifie de « dangerosité du vaccin administré en période expérimentale ». La séquence est accompagnée de sous-titres en français, ce qui facilite sa diffusion auprès d’un public non anglophone.
Certains contenus ( 1 , 2 ) assimilent même la pandémie de Covid-19 à un « canular », reprenant une terminologie utilisée par Yeadon dans plusieurs de ses prises de parole.

Congo Check a identifié plusieurs autres publications ( 1 , 2 , 3 )qui diffusent ces mêmes allégations. Dans les commentaires, de nombreux internautes adhèrent aux théories du complot et appellent à un partage massif du message.
D’autres commentaires ( 1, 2 , 3 , 4 ) vont plus loin en qualifiant les vaccins de « crime contre l’humanité » ou en exprimant un doute profond sur ce que les personnes vaccinées auraient réellement reçu.
Dans une autre vidéo YouTube publiée le 12 juillet 2025, Michael Yeadon dénonce à nouveau ce qu’il appelle « l’escroquerie des vaccins Covid » et évoque une opération mondiale visant à blesser ou tuer les populations pour instaurer un contrôle global, notamment via l’identité numérique en Europe.
Démarche de vérification de Congo Check
Pour vérifier ces affirmations, l’équipe de Congo Check a suivi une démarche en trois étapes. D’abord, identifier précisément qui est le Dr Michael Yeadon et quel a été son rôle réel chez Pfizer. Puis, vérifier l’existence avérée de la pandémie de Covid-19 à partir de sources institutionnelles. Et enfin, examiner si les propos attribués à Yeadon reposent sur des faits scientifiquement établis.
Cette démarche s’appuie sur des documents officiels et des vérifications publiées par des institutions reconnues dans le domaine de la santé et de la gestion des pandémies.
Qui est Michael Yeadon réellement ?
Michael Yeadon est un pharmacologue britannique. Il a travaillé pour Pfizer jusqu’en 2011 comme vice-président et scientifique principal au sein d’une unité de recherche spécialisée dans l’allergie et l’asthme.

Contrairement à ce que laissent entendre de nombreuses publications virales, il n’a jamais travaillé sur les vaccins ni sur les maladies infectieuses. Il a quitté Pfizer bien avant l’apparition de la Covid-19 et n’a participé à aucun développement de vaccins contre ce virus.
En 2021, Mélanie Rigault, responsable de la communication corporate, rappelait que Yeadon ne travaillait plus chez Pfizer depuis 2011.
Congo Check a retrouvé un entretien publié en 2013, bien avant la pandémie, où Yeadon est présenté comme « ancien vice-président de Pfizer ».
Selon Sterghios A. Moschos, ancien collègue de Yeadon, contacté par des médias, l’échec du composé Ziarco, développé après son départ de Pfizer, aurait contribué à son amertume. Il évoque également des refus de collaboration de certaines universités britanniques lorsque Yeadon les a approchées.
Aucune preuve que la pandémie n’a jamais existé
Les affirmations selon lesquelles « il n’y a jamais eu de pandémie » sont en contradiction directe avec les faits établis par les institutions sanitaires internationales.
L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a officiellement qualifié la Covid-19 de pandémie en mars 2020, sur la base de données épidémiologiques montrant une propagation mondiale rapide, une surmortalité importante et une pression sans précédent sur les systèmes de santé.
La chronologie officielle de l’OMS retrace l’évolution de la pandémie et les mesures prises à l’échelle mondiale. Au 5 mai 2022, l’Organisation faisait état de plus de 14 millions de décès liés au coronavirus.
En République démocratique du Congo, plusieurs rapports confirment que la maladie était bien réelle, avec des cas recensés à Kinshasa et dans d’autres provinces. Des témoignages, images et données sanitaires documentent l’impact de la Covid-19 dans le pays.
Les publications qui attribuent ces propos à Yeadon s’appuient généralement sur des plateformes conspirationnistes, reprenant ses déclarations hors contexte ou les déformant pour nier l’existence même du virus.
Les faits qui contredisent les théories de Yeadon
Michael Yeadon n’a jamais dirigé des recherches sur les vaccins ni travaillé sur la Covid-19. Des sites de vérification comme Snopes ont établi qu’il n’était ni « Chief Scientific Officer de Pfizer » ni responsable des vaccins, contrairement à ce qu’affirment de nombreuses publications virales. Son expertise portait sur des médicaments contre l’asthme et des pathologies respiratoires, bien avant la pandémie.
À ce titre, il ne dispose d’aucune légitimité scientifique spécifique pour affirmer que les vaccins Covid-19 seraient conçus pour nuire intentionnellement aux populations, ni pour remettre en cause l’existence d’une pandémie mondiale survenue près d’une décennie après son départ de Pfizer.
En plus, les allégations antérieures de Yeadon ont été qualifiées d’infondées. Snopes note que Yeadon a avancé que les vaccins COVID-19 pourraient être utilisés pour une dépération de masse, une affirmation sans aucune preuve scientifique et rejetée par les autorités sanitaires.
Ses déclarations affirmant qu’il n’y avait “aucun besoin de vaccins pour éteindre la pandémie” ont été jugées incorrectes et basées sur des prédictions qui ne se sont pas réalisées, car les vagues épidémiques ont continué sans certificats d’immunité naturelle suffisante.
Ses propos selon lesquels il n’y aurait « aucun besoin de vaccins pour mettre fin à la pandémie » se sont également révélés erronés : les vagues successives ont montré que l’immunité naturelle seule ne suffisait pas à stopper la transmission.
Un des fact-check de l’agence AAP met en évidence que certaines de ses assertions (par exemple sur la transmission sans symptômes) ont été largement contredites par des recherches scientifiques montrant que les personnes asymptomatiques peuvent transmettre le virus.
Des rumeurs malgré l’absence de preuves
Les déclarations de Yeadon sont souvent reprises hors contexte par des sites ou canaux complotistes, qui les amplifient sans vérifier leur validité. Des plateformes de désinformation en ligne , telles que The Exposé , ont souvent promu des mythes autour de la COVID-19 et des vaccins, sans fondement scientifique, dans le but de susciter peur et méfiance.
La rumeur selon laquelle un ancien cadre de Pfizer aurait déclaré qu’« il n’y a jamais eu de pandémie » et que la crise sanitaire aurait été fabriquée pour injecter une substance intentionnellement dangereuse est non avérée, non supportée par des faits scientifiques et distribuée via des canaux de désinformation.


