Depuis 2021, une image ne cesse de hanter les réseaux sociaux africains, de la Côte d’Ivoire au Kenya, en passant par la République démocratique du Congo. On y voit un container ouvert révélant un rocher massif, devant lequel se tiennent des officiels en costume. La légende, presque toujours identique, raconte l’histoire tragique d’un acheteur imprudent ayant commandé deux Toyota VX en ligne depuis Dubaï, pour ne recevoir qu’une pierre géante au port d’Abidjan.

Ce récit, bien que séduisant pour ceux qui aiment dénoncer les dangers des achats en ligne, est une pure invention.
Le fact-check : une vérité venue du Malawi
Plusieurs plateformes de vérification des faits, notamment Congo Check, Africa Check et l’AFP Fact Check, ont méthodiquement déconstruit cette infox.
La réalité derrière cette photo est radicalement différente. L’image n’a pas été prise à Abidjan, et elle n’illustre pas une escroquerie. Il s’agit en réalité d’une scène capturée à Lilongwe, au Malawi, en mars 2021. Les hommes en costume ne sont pas des victimes d’arnaque, mais des officiels malawites, dont l’ancien ministre des Mines, Rashid Gaffar.
Le rocher en question n’était pas une « surprise » malveillante, mais une exportation officielle de quartz rose destinée à la Chine. Le ministre s’était rendu sur place pour suspendre l’exportation, estimant que la valeur minérale du rocher (évaluée à l’époque à plusieurs millions de dollars) devait être réévaluée afin que l’État malawite en tire un juste profit.
La mécanique d’une infox récurrente
Ce qui rend cette affaire fascinante, c’est sa capacité à muter et à réapparaître. Depuis sa première circulation, l’histoire a été adaptée localement pour maximiser son impact :
- En Côte d’Ivoire : On a prétendu que l’escroquerie avait eu lieu au port d’Abidjan.
- Au Kenya et en Somalie : La même photo a servi à illustrer des arnaques similaires supposées s’être produites à Mombasa ou Mogadiscio.
- En RDC : L’image circule régulièrement sur Facebook et WhatsApp pour mettre en garde les opérateurs économiques de Kinshasa contre les « fournisseurs de Dubaï ».
Cette récurrence s’explique par le biais de négativité : nous sommes naturellement plus enclins à partager des contenus qui confirment nos craintes (ici, la peur de se faire voler lors d’un achat international complexe).
Pourquoi cette légende est-elle techniquement absurde ?
Au-delà du démenti géographique, plusieurs éléments logistiques prouvent que l’histoire des « Toyota VX remplacées par une pierre » est invraisemblable :
- Le poids : Un rocher de cette taille pèse plusieurs dizaines de tonnes, bien plus que deux Toyota VX. Les grues de déchargement et les systèmes de pesée portuaires détecteraient immédiatement une telle anomalie de masse par rapport au manifeste de cargaison.
- La douane : Les containers ne sont pas ouverts pour la première fois devant l’acheteur. Ils passent par des scanners et des inspections douanières strictes. Un rocher brut ne passerait jamais pour deux véhicules de luxe sous un rayon X.
- La fixation : Dans le container de la photo, le rocher occupe tout l’espace et n’est pas arrimé. S’il s’agissait d’un transport maritime réel, un tel bloc non sécurisé détruirait le container et potentiellement le navire lors du roulis.
Conclusion
L’image du container de pierres est l’exemple type du contenu décontextualisé. En transformant une inspection minière légale au Malawi en une arnaque spectaculaire à Abidjan, les auteurs de cette infox exploitent la méfiance populaire. La prochaine fois que vous verrez cette pierre géante, souvenez-vous qu’elle n’est pas le symbole d’une arnaque à la voiture, mais celui d’une richesse minérale malawite qui a simplement voyagé sur Internet pour devenir une légende urbaine tenace.


