Une vidéo circulant sur Facebook montre une altercation entre un policier en uniforme et un civil non armé. Dans cette scène, le civil parvient à désarmer l’agent avec une facilité déconcertante, avant de brandir l’arme contre lui. Finalement, l’homme quitte les lieux en emportant l’arme du policier, sous les yeux de plusieurs témoins qui filment la scène.
Sur Facebook, cette vidéo a été publiée et présentée comme ayant été filmée au Kenya, sans précision sur la ville. Après vérification, l’équipe de Congo Check a pu identifier le lieu et la date exacts de l’événement : il s’agit de Goma, en République démocratique du Congo, en novembre 2024, et non du Kenya.
Publiée ici et ici, la vidéo a été visionnée par plus de 13 millions d’internautes sur Facebook.
D’autres publications sur les réseaux sociaux l’ont également présentée comme une scène s’étant déroulée au Kenya ( Lien 1 , Lien 2 ).
Le véritable contexte
Notre équipe a vérifié cette vidéo et a constaté qu’elle est sortie de son contexte. La vérification a commencé par une analyse visuelle des images publiées sur Facebook. Nous avons reconnu la séquence, qui date du 2 novembre 2024, et qui avait déjà été relayée par différents comptes Facebook basés à Goma.
Le journaliste Rodriguez Katsuva faisait partie de ceux qui l’avaient partagée ce jour-là. L’événement s’est déroulé à l’arrêt de bus communément appelé Vision 20-20, à Buhene, au nord de la ville de Goma.
L’homme qui avait saisi l’arme du policier a finalement été maîtrisé, arrêté et embarqué par des militaires de passage, comme le montre une autre vidéo de la scène.
Les auteurs ayant attribué ce contenu au Kenya n’ont pour leur part fourni aucune explication sur la provenance réelle de la vidéo.
Autres indices : langue, tenue et environnement
La langue dans la vidéo, celui qui filme s’exprime en kiswahili de Goma et de l’est de la RDC, distinct du kiswahili parlé au Kenya. La suite de la scène, également filmée, confirme que les personnes autour des militaires parlent le « swahili facile » propre à l’Est congolais, et non le « swahili safi » caractéristique de l’Afrique de l’Est.
Pour les uniformes, la tenue du policier, ainsi que celles des militaires venus intervenir, ne correspondent pas aux uniformes portés par les forces de l’ordre kenyanes. Cette différence visuelle est un indice supplémentaire de la décontextualisation.

En ce qui concerne le sol, sa couleur noire est typique du sol volcanique de Goma. Au Kenya, la terre est généralement jaunâtre. Ce contraste confirme une fois de plus que la scène s’est déroulée à Goma.
Les conséquences de ce faux contexte
La diffusion de cette vidéo avec une fausse localisation peut avoir plusieurs conséquences. Le Kenya peut être injustement perçu comme un État où l’autorité policière est affaiblie, ce qui ternit son image sécuritaire. La RDC voit ses réalités locales instrumentalisées et détournées. Dans des contextes tendus, de telles manipulations peuvent accentuer la méfiance et renforcer la polarisation au sein des populations.


