Trois photos sont récemment devenues virales sur les réseaux sociaux. Elles montrent une jeune femme en voile de mariage, aux côtés d’un chien de la race doberman, aussi habillé en noeud papillon et tissus noir et blanc. Les publications ont été des milliers à dire qu’il s’agit d’un mariage entre une femme fatiguée du célibat et des déceptions amoureuses, et son chien. L’équipe de Congo Check a creusé et trouvé qu’il ne s’agit pas d’un mariage zoophile. Le doberman sur la photo est un invité d’honneur, comme le précise la concernée sur ces images, que Congo Check a approchée.
Publiée sur différentes pages, ces posts ( 1 , 2 , 3 , 4 , 5 , 6 , 7 , 8 , 9 , 10 ) disponibles sur Facebook, Instagram ( 1 , 2 , 3 , 4 , 5 ) et même X (1 , 2 ) ont soulevé toute catégorie de réactions. Allant de ceux qui regrettent la décision d’une jeune fille de se marier à un chien, à ceux qui pensent qu’il s’agit juste d’une « sorcellerie ».
Cette désinformation très virale a touché même certains journalistes œuvrant pour des médias internationaux, à l’instar de Justin Kabumba, correspondant de France 24 (lien archivé ici ) dans l’Est de la RDC. Et, les détails de la photo ont été diversement changés. Certains attribuant à la jeune mariée le nom de « Kavira », nom signifiant « quatrième fille », découlant d’un dialecte locale dénommée « kinande », très parlé dans les villes de Butembo, Beni et certains autres territoires du Nord-Kivu. Suite à cela, l’interprétation a aussi eu des connotations ethniques et tribales ternissant la réputation des filles « nandes ».

Pendant ce même temps, d’autres posts ( 1 , 2 , 3 , 4 , 5 ) , prétendaient que les faits se sont déroulés aux États-Unis, sans pour autant préciser dans quel État exactement. D’autres publications parlent de l’Afrique du Sud, là aussi, sans indiquer où exactement.
C’est plus d’une trentaine des posts que Congo Check a recensé. D’autres ( 1 , 2 , 3 , 4 , 5 , 6 , 7 , 8 , 9 , 10 ) n’ont tout simplement pas eu beaucoup de réactions. Ces publications, pour la grande majorité, sont en ligne depuis fin du mois d’octobre dernier.
Une image sortie de son contexte
Après avoir constaté le grand tôlé qu’a créé ce post, l’équipe de Congo Check est parvenue à trouver un contexte différent de celui présenté par tous ces posts. Et, la conclusion de ces vérifications prouvent avec certitude que la vidéo a été sortie de son contexte. Plusieurs pages se sont donc rendues coupables de « mésinformation » et de « malinformation », et d’autres, de « désinformation ».

Pour arriver à ce résultat, notre équipe a débuté par une recherche d’images inversées via tous les outils possibles. Et, malheureusement, les produits n’étaient pas satisfaisants. Les applications ne nous ramenaient que des fausses publications.

Nous avons tenté de vérifier s’il ne s’agissait peut-être pas d’un contenu généré par l’intelligence artificielle. Mais, ce n’était pas le cas. Déjà, à l’aide de l’œil nu, plusieurs indices prouvaient que les images étaient bien réelles.
Les résultats trouvés grâce aux commentaires
Enfin, nous nous sommes rendus dans les commentaires des plusieurs publications. Et, aux côtés des plusieurs réactions émotives causées par la première vue, figurent quelques rares commentaires de certains internautes qui affirmaient être tombés sur ces images sur TikTok, et qu’il n’était pas question d’un mariage zoophile.

Cet indice important, bien que trop peu repris, a inspiré tout le reste. Nous avons identifié la race du chien présent aux côtés de la jeune mariée comme étant un doberman, une race de chien d’origine allemande, réputée pour son instinct très élevé, sa force et son agilité. Comme il s’agissait d’un mariage, nous avons donc tenté une recherche dans la barre de TikTok, à l’aide des mots-clés en anglais « Doberman wedding », et les résultats ont été instantanés !
Nous avons trouvé que les photos viennent d’un compte d’une utilisatrice TikTok du nom de « Good Girl ». Elle a publié ces photos le 26 septembre dernier, à l’occasion de son mariage. Et, elle présente son chien comme étant un invité d’honneur, dans la légende accompagnant une série de huit photos.
Depuis que la publication est devenue virale, elle qui ne faisait qu’entre 300 à 400 vues sur TikTok, a vu sa publication explosait jusqu’à plus d’un million de vues, plus de 162 mille likes, et 3 566 commentaires, 5 891 favoris, 9 779 partages. Pourtant, elle n’a que presque 2 800 abonnés.
Notre équipe, en parcourant son compte, a même pu trouver d’autres vidéos de la jeune fille avec son doberman, son animal de compagnie avec lequel, la relation semble être très proche.
Et, d’autres vidéos de depuis 2024 qui montrent le couple (son époux y compris donc) en compagnie de ce même chien.
Elle, qui se présente comme une créatrice des contenus, notre équipe a tenté de trouver des autres comptes en ligne et surtout de la contacter afin d’obtenir ses véritables noms, mais malheureusement, elle n’a pas encore fait suite à ces préoccupations.
Elle, qui se présente comme une créatrice des contenus, notre équipe a tenté de trouver des autres comptes en ligne et surtout de la contacter afin d’obtenir ses véritables noms, mais malheureusement, elle n’a pas encore fait suite à ces préoccupations.
Un des commentaires où « Good Girl » répond à un internaute que le chien n’est pas son mari
Toutefois, elle a tenu à préciser à plusieurs commentateurs, que son chien n’était pas « son mari », ni « qu’elle n’avait aucun intérêt à se marier à un chien ». Il n’en demeure pas moins qu’elle n’a pas tari d’éloges à l’égard de son chien, pour les admirateurs qui se sont manifestés toujours dans les commentaires.
L’image n’a pas été prise dans l’Est de la RDC
Au Nord-Kivu, dans l’espace grand nord, dans les villes de Beni et Butembo, notre fact-checker Joel Kaseso nous a affirmé n’avoir pas enregistré une actualité pareille dans cette partie qu’il couvre.
« À ma connaissance, un tel fait n’a eu lieu dans la ville commerciale de Butembo ou même dans celle cosmopolite de Beni. Il s’agit d’une fausse alerte, animée notamment par de personnes qui se serviraient de l’IA dans le sens de désinformer et/ou créer des bad-buzz pour se faire remarquer via les réseaux sociaux », précise le fact-checker.
C’est le même constat à Goma, quartier général de Congo Check, où cette actualité n’a pas été évoquée dans les médias ni par les autorités.
Des éléments forts qui prouvent que le surnom « Kavira » n’a été utilisé que pour essayer de susciter des réactions hostiles et tribales. Le véritable nom de la victime de cette malinformation n’a pas encore été trouvée par nos équipes, seul son surnom utilisateur TikTok « Good Girl ».
Aucun mariage zoophile récent aux États-Unis
A l’aide du moteur des recherches Google, et les mots-clés, une « femme mariée à son chien USA », n’a donné que des actualités datant de 2014 parlant d’une britannique de 47 ans mariée à son chien, et d’autres informations sans aucun rapport avec la photo en cours de vérification.
Pourquoi s’intéresser à cette désinformation ?
Les trois photos très en vue sur les réseaux sociaux n’ont donc été prises que parmi les huit autres qui sont en ligne. Cela a servi à nourrir une désinformation virale que Congo Check a débusquée car elle porte gravement atteinte à la réputation et à la dignité de la personne concernée. L’évènement heureux a été transformé en rumeur humiliante et diffusée largement. Vérifier les faits permet donc de protéger une personne victime d’une diffamation publique.
En outre, cette vérification est également pertinente parce que la fausse information a été instrumentalisée pour créer des moqueries à connotation tribale et ethnique, en lui attribuant un nom (« Kavira ») associé à une communauté spécifique de l’Est de la RDC. Débusquer la rumeur permet alors de réduire les risques de stigmatisation communautaire, de discours de haine, et d’escalade identitaire, surtout dans un contexte déjà fragile.


