L’activisme diplomatique de Félix Tshisekedi en ce début d’année 2026 témoigne d’une urgence absolue. En l’espace de seulement quatre jours, le chef de l’État congolais s’est rendu à deux reprises à Luanda, les 5 et 8 janvier 2026, pour s’entretenir avec son homologue angolais, João Lourenço. Cette accélération des échanges survient alors que la situation sécuritaire dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC) atteint un point de rupture, menaçant la stabilité de toute la région des Grands Lacs.

L’échec des “Accords de Washington”
Le pivot de cette crise diplomatique réside dans l’inefficacité flagrante de l’accord signé sous l’égide des États-Unis à la mi-2025. Bien que ce traité prévoyait un désengagement des forces rwandaises et la neutralisation des FDLR, les faits sur le terrain racontent une tout autre histoire. Début janvier 2026, un rapport d’experts de l’ONU a révélé que seulement 22,7 % des tâches convenues avaient été exécutées.
Pire encore, les combats entre la coalition AFC/M23 — soutenue par Kigali selon Kinshasa — et les forces gouvernementales (FARDC) épaulées par les milices “Wazalendo” se sont intensifiés dans le Sud-Kivu, notamment autour d’Uvira et Walungu. La capture récente de militaires rwandais sur le sol congolais, présentés par l’armée à Kinshasa le 3 janvier, a fini de fragiliser le processus américain, poussant Félix Tshisekedi à revenir vers la “médiation naturelle” africaine.
Luanda : Le dernier verrou diplomatique
João Lourenço, médiateur désigné par l’Union africaine, se retrouve à nouveau au centre du jeu. Pour Kinshasa, le retour vers l’Angola n’est pas un aveu de faiblesse, mais une nécessité stratégique. Félix Tshisekedi a qualifié les propositions faites par Lourenço lors de leur rencontre du 5 janvier de « très intéressantes » et susceptibles de débloquer l’impasse actuelle.
L’enjeu de ces deux visites successives est double :
- Réactivation de la feuille de route de Luanda : Redonner une légitimité aux mécanismes africains de surveillance du cessez-le-feu, face à l’inertie des initiatives de Washington et de Doha.
- Pression militaire et politique : Obtenir de l’Angola, poids lourd militaire de la région, un soutien plus affirmé pour contraindre le Rwanda à cesser son appui aux rebelles, alors que le Burundi voisin est déjà en alerte maximale face à l’afflux de réfugiés et aux menaces à ses propres frontières.
Une paix suspendue à un fil
Malgré ces efforts, le scepticisme grandit. À Kinshasa, une partie de la classe politique et de la société civile, à l’instar du mouvement des “Congolais Révoltés”, dénonce une diplomatie de “sommet en sommet” qui ne change rien au calvaire des populations du Nord-Kivu.
La question demeure : João Lourenço parviendra-t-il à arracher un compromis là où les grandes puissances ont échoué ? Pour Félix Tshisekedi, le temps presse. Alors que la guerre lui est « imposée », comme il l’a rappelé à Luanda, le risque d’un embrasement régional total n’a jamais été aussi élevé en ce début d’année 2026.


