Un document présenté comme un décret présidentiel camerounais, daté du 4 avril 2026, circule sur les réseaux sociaux. Il affirme que le président Paul Biya aurait nommé son fils ainé, « Franck Emmanuel Biya », au poste de vice-président de la République, tout en lui confiant les fonctions de chef des armées et de ministre délégué à la Défense. Ces contenus, accompagnés de commentaires ironiques ou politiques, a rapidement suscité des réactions. Pourtant, après vérification, il s’agit d’un document falsifié.
L’analyse de ce prétendu décret montre d’abord une incohérence juridique majeure. Bien que le Parlement camerounais ait effectivement adopté une révision constitutionnelle introduisant la fonction de vice-président (voir ici), ce texte n’a pas encore été promulgué par le chef de l’État. « Sur le plan juridique enfin, le texte adopté doit désormais être transmis au président de la République pour promulgation. La Constitution camerounaise prévoit que celle-ci intervienne dans un délai de 15 jours à compter de la transmission, sauf demande de seconde lecture ou saisine du Conseil constitutionnel », rappelle le média Stopblablacam.
En l’absence de promulgation, la réforme n’est pas entrée en vigueur et ne produit donc aucun effet juridique. Autrement dit, le poste de vice-président n’existe pas encore dans l’architecture institutionnelle du pays. Dans ces conditions, aucune nomination à cette fonction ne peut légalement intervenir, ce qui suffit à invalider le document.
Au-delà de cet élément déterminant, le contenu même du texte soulève d’autres anomalies. Le document attribue à une seule personne trois fonctions stratégiques majeures, à savoir vice-président, chef des armées et responsable de la Défense. Or, dans le système camerounais, le chef des armées est constitutionnellement le président de la République, et les fonctions gouvernementales obéissent à une organisation distincte et encadrée. Un tel cumul apparaît donc non seulement improbable, mais contraire aux pratiques institutionnelles établies.
La comparaison avec un décret authentique publié par la présidence camerounaise permet également de mettre en évidence des différences significatives de forme. Les véritables actes officiels se caractérisent par une structure juridique rigoureuse, avec de nombreuses références légales dans la section « Vu », une organisation détaillée des articles et un vocabulaire administratif précis. À l’inverse, le document viral présente un contenu simplifié, des formulations approximatives et une construction moins cohérente, autant d’indices typiques d’un faux élaboré à partir d’imitations.
Interrogé sur ce document, le fact-checker camerounais Parfait Taiwee a d’ailleurs tranché sans ambiguïté : « Ce document n’est pas vrai. […] personne n’a encore été nommé ». Cette prise de position rejoint l’absence totale de confirmation par les canaux officiels ou les médias crédibles, qui auraient nécessairement relayé une décision d’une telle portée.
« Ce document en circulation depuis hier est un montage. Une recherche rapide montre qu’il est venu d’un post d’un certain Franklin Nyamsi. Meta catégorise d’ailleurs ses pages comme origines de plusieurs fausses informations », a ajouté Paul Joel Kamtchang, chercheur et membre de DataCheck.
En RDC, cette rumeur a été utilisée pour appeler le président Tshisekedi à nommer également son fils à un poste de responsabilité. Un cas d’école de désinformation surtout dans des contextes politiques sensibles. Face à la circulation de ce type de contenus, des réflexes simples peuvent faire toute la différence et casser la chaine de propagation, notamment en vérifiant l’existence du document dans les sources institutionnelles, l’examen de sa cohérence juridique et une comparaison avec d’autres documents authentiques.


