Alors que le monde a célébré il y a quelques semaines « Octobre rose », mois dédié à la sensibilisation au cancer du sein, une liste de conseils viraux pour les femmes circule sur les réseaux sociaux. Elle promet de prévenir le cancer du sein avec des gestes comme : allaiter son bébé, laver son soutien‑gorge quotidiennement, éviter les soutien-gorge noirs par temps chaud, ne pas dormir avec un soutien‑gorge, utiliser un déodorant plutôt qu’un anti‑transpirant, ou encore se couvrir du soleil avec un foulard. Face à cette diffusion massive, Congo Check a vérifié ces affirmations pour en établir la fiabilité scientifique.
Allaiter : le seul geste partiellement protecteur
Parmi tous ces conseils, l’allaitement est le seul qui ait un effet démontré sur le risque de cancer du sein. Des études épidémiologiques montrent que le risque diminue légèrement avec la durée totale d’allaitement : environ 4 % de baisse pour chaque année cumulée d’allaitement. Cela a été confirmé par plusieurs organismes, notamment l’Agence internationale de recherche sur le cancer (CIRC) et la Ligue suisse contre le cancer.
Une thèse confirmée par Dr Pamphil Bitumba, médecin congolais, approché par Congo Check. « Seule la première affirmation est prouvée scientifiquement », a-t-il répondu face à cette liste.
Soutiens-gorge, couleurs et armatures : aucun lien prouvé
Le reste des conseils concernant les soutien-gorge n’a aucune base scientifique. Les études n’ont trouvé aucun lien entre le port de soutien‑gorge la nuit, sa couleur, ses armatures et le développement d’un cancer du sein. Des analyses, dont une publiée dans Cancer Epidemiology, Biomarkers & Prevention, confirment que ces habitudes n’influencent pas le risque de cancer. En 2024, l’American Cancer Society a classé le port du soutien-gorge et les implants mammaires parmi les facteurs non associés au risque de cancer du sein, au même titre que l’avortement.
Soleil et hygiène : des conseils hors sujet
Certains messages recommandent de couvrir complètement la poitrine pour se protéger du soleil ou de laver son soutien‑gorge quotidiennement. Ces gestes n’ont aucun rapport avec le cancer du sein, selon Dr Pamphil Bitumba. Couvrir la peau protège du cancer de la peau, mais pas du sein, et l’hygiène du soutien‑gorge n’a aucune influence.
Aussi, la croyance selon laquelle les antitranspirants provoqueraient le cancer du sein est infondée. Les sels d’aluminium utilisés dans certains produits ont été étudiés à plusieurs reprises, et aucune preuve scientifique n’établit un lien. « Il n’existe aujourd’hui pas de preuve scientifique en faveur d’un lien de causalité entre l’application de déodorants/antitranspirants et le risque de cancer du sein », a conclu le Centre de lutte contre le cancer Léon Berard.
Les mesures préventives prouvées
Pour réduire le risque de cancer du sein, les spécialistes recommandent des mesures scientifiquement validées comme réduire la consommation d’alcool, éviter ou limiter le tabac, maintenir un poids santé et pratiquer une activité physique régulière mais aussi participer aux programmes de dépistage, comme la mammographie. Ces gestes sont soutenus par l’Organisation mondiale de la santé et les principales associations de cancérologie.
Mieux vaut se fier aux recommandations médicales et programmes de prévention officiels, plutôt qu’à des messages viraux sans preuve scientifique.
Face à la multiplication des messages viraux sur la santé, l’éducation aux médias devient un outil essentiel de protection du public. La désinformation sanitaire joue souvent sur la peur, l’émotion et la solidarité pour contourner l’esprit critique. Apprendre à vérifier les sources, à distinguer les avis personnels des preuves scientifiques et à se référer à des médias fiables ou à des institutions de santé reconnues permet d’éviter la diffusion de fausses informations qui peuvent être inutiles, anxiogènes, voire dangereuses.


