Ces derniers jours, plusieurs publications virales affirment que certains produits de base avaient vu leur prix chuter brutalement à Kinshasa après l’appréciation du franc congolais face au dollar américains. Parmi les exemples cités : une grande bouteille de mayonnaise serait passée de 16 500 à 8 000 francs, une boîte de lait de 79 000 à 35 000 francs, deux gigas d’internet proposés à 1 400 francs seulement, ou encore le pain vendu désormais à 400 francs l’unité au lieu de 1 000.
Cependant, plusieurs de ces affirmations ne correspondent pas à la réalité du marché, telle que constatée par les équipes de Congo Check déployées sur le terrain le 30 septembres. Si certains prix ont connu des ajustements ces derniers jours, cela ne s’est pas fait dans les proportions indiquées dans ces publications aux allures d’une propagande.
Selon des commerçants, cette tendance est due au « bon comportement » de franc congolais depuis fin août. Cette amélioration de la monnaie nationale, mise en avant par les autorités, a nourri de nombreux espoirs d’un retour à la normale dans le panier de la ménagère. Dans ce climat, chaque rumeur de baisse se répand rapidement, amplifiée par les réseaux sociaux et relayée parfois sans vérification par certains médias.
Pourtant, la réalité est beaucoup plus nuancée. Les produits importés, largement dépendants du dollar, mettent du temps à répercuter une variation du taux de change. Et lorsqu’il y a une baisse, elle reste généralement modeste.
Les vrais chiffres
Prenons l’exemple du riz. Selon les relevés effectués dans différents marchés de Kinshasa, un sac de 25 kilos est passé d’environ 65 000 à 64 000 francs. Une variation minime, qui représente moins de 2 % du prix initial, et qui n’a rien à voir avec une division par deux.
Le pain, autre produit sensible pour les consommateurs, illustre la même tendance. Aucun pain n’est passé de 1.000 à 400 francs. Toutefois, celui produit par la boulangerie Pain victoire est passé de 500 à 400 francs. « Il y a également une légère diminution dans le poids », a cependant nuancé Margueritte Ndambu, vendeuse rencontrée devant la boulangerie dans la commune de Lingwala.
Quant aux prix de la mayonnaise, du lait ou encore des forfaits internet, les vérifications sur terrain ont permis d’établir qu’aucune baisse de prix n’a été enregistré pour le moment. « La grande bouteille coute 16.500 francs, la moyenne 8.100 et la petite 6.000 », a expliqué Paul Kalenga, boutiquier dans la commune de Ngiri-Ngiri. Un tour à « Kin marché », un des supermarchés en vue de la ville, a confirmé cette tendance.
Contacté, le ministère de l’Économie n’a pas donné suite jusqu’à la rédaction de cet article. Les principaux auteurs de ces annonces sont également restés silencieux à nos sollicitations. Pour expliquer cette réalité, les équipes de Congo Check ont également approché un économiste. « De manière générale, le marché est sceptique face à des situations de dévaluation. Il faut observer dans la durée pour espérer ensuite une véritable baisse des prix. L’autre thermomètre sera le prix du carburant à la pompe, tant que cela ne baisse pas, les opérateurs vont préférer la prudence et ne pas s’affoler », a clarifié Fabrice Nsonsa.
Pour l’instant, l’appréciation du franc congolais n’a donc eu que des effets limités, notamment sur le pain ou encore le riz. Les annonces spectaculaires qui circulent en ligne sont fausses et ne reflètent pas la situation réelle des ménages kinois.


