Depuis plusieurs semaines, une publicité virale circule sur Facebook, mettant en scène une certaine « Dr Rebecca Collins ». Dans une vidéo ou via de longs textes promotionnels, cette femme prétend avoir découvert une solution révolutionnaire capable de restaurer la vue, d’éliminer les cataractes ou de guérir le glaucome sans chirurgie :

Après enquête, le constat est sans appel : tout est faux. Il s’agit d’une escroquerie sophistiquée utilisant des techniques de manipulation psychologique, des images volées et des témoignages fabriqués. Voici le démontage pièce par pièce de cette infox.
1. L’identité de la Dr Rebecca Collins : un personnage de fiction
La première étape d’un fact-check consiste à vérifier l’existence de l’expert cité. En cherchant « Dr Rebecca Collins » dans les registres médicaux internationaux ou les bases de données de recherche (comme PubMed), on ne trouve aucune trace d’une ophtalmologue de renommée mondiale portant ce nom et ayant publié une étude sur une « cure miracle » pour la vue.
Les visages associés à ce nom dans les publicités varient souvent. Les fraudeurs utilisent soit des photos issues de banques d’images, soit des vidéos de véritables professionnelles de santé dont l’image a été volée et doublée par une intelligence artificielle (deepfake). Le nom « Rebecca Collins » est générique, choisi pour inspirer confiance tout en restant difficile à tracer spécifiquement.
2. Le mécanisme de l’arnaque : le « Deepfake » et la manipulation
La vidéo en question utilise souvent une technique de deepfake. Les mouvements des lèvres de la personne à l’écran ne correspondent pas parfaitement aux paroles, ou le ton de la voix est étrangement monotone. Les escrocs récupèrent des séquences de véritables interviews de médecins ou de présentateurs TV (comme sur CNN ou la BBC) et modifient l’audio pour leur faire dire que la Dr Collins a découvert un secret que « Big Pharma » tente de cacher.
L’argument du complot : C’est le signal d’alarme numéro 1. Les publicités affirment que ce remède est interdit car il ruinerait les cliniques ophtalmologiques. Ce narratif victimise l’escroc et crée une urgence artificielle chez l’utilisateur, l’incitant à acheter avant que le lien ne soit « supprimé ».
3. L’analyse du produit : des gouttes ou gélules sans valeur médicale
Le produit vendu (souvent sous des noms comme Ocuprime, SightCare ou des extraits de Corossol/Soursop) n’est jamais un médicament approuvé.
- Absence d’homologation : Aucune autorité de santé (ANSM en France, FDA aux États-Unis, Agence européenne des médicaments) n’a validé ce produit pour traiter des pathologies graves comme le glaucome ou la dégénérescence maculaire.
- Composition douteuse : Lorsqu’on analyse la liste des ingrédients, on trouve souvent des vitamines classiques (Lutéine, Zéaxanthine) vendues à prix d’or (souvent plus de 60 € le flacon). Si ces nutriments sont utiles pour le confort visuel, ils ne peuvent en aucun cas remplacer une chirurgie de la cataracte ou restaurer une vision perdue.
4. Les faux témoignages et les sites « miroirs »
En cliquant sur le lien Facebook, l’utilisateur est redirigé vers un site qui imite l’apparence d’un grand journal (comme Le Monde, Santé Magazine ou CNN).
- L’illusion du consensus : On y voit des dizaines de commentaires de personnes prétendant avoir jeté leurs lunettes après trois jours.
- Le test du clic : Essayez de cliquer sur les rubriques « Politique », « Sport » ou « Contact » de ces sites. Dans 100 % des cas, soit le lien ne fonctionne pas, soit il vous renvoie systématiquement vers la page de paiement. C’est la preuve qu’il s’agit d’une page isolée conçue uniquement pour la vente.
5. Les retours clients : le réveil brutal
Une recherche sur des plateformes de notation indépendantes comme Trustpilot révèle la réalité derrière les promesses de la Dr Collins. Les avis concernant les sites promus (tels que naturesours.com ou similaires) sont catastrophiques :
- Commandes jamais reçues : De nombreux clients signalent n’avoir jamais reçu leur colis après avoir été débités de sommes importantes (parfois plus de 150 € pour des « packs cure complète »).
- Prélèvements abusifs : Certains utilisateurs rapportent des abonnements cachés ou des débits multiples sur leur carte bancaire.
- Service client fantôme : Les adresses e-mail de contact sont souvent invalides ou répondent par des messages automatiques en anglais.
6. Le danger médical : un risque réel pour la santé
Au-delà de l’arnaque financière, le danger est sanitaire.
- Le retard de soin : Une personne souffrant d’un glaucome qui arrête son traitement prescrit pour utiliser les « gouttes de la Dr Collins » risque une cécité irréversible en quelques semaines. Le glaucome est une pression oculaire qui détruit le nerf optique ; seule une prise en charge médicale sérieuse peut le freiner.
- L’absence de contrôle qualité : Puisque ces produits sont fabriqués dans des laboratoires clandestins (souvent en Chine selon les suivis de colis), rien ne garantit la stérilité des gouttes. Mettre un produit non stérile dans son œil peut provoquer de graves infections ou des brûlures cornéennes.
Conclusion du Fact-Check
La Dr Rebecca Collins n’existe pas en tant qu’experte en ophtalmologie. Son remède miracle est une pure invention marketing destinée à dépouiller les personnes vulnérables, souvent âgées, qui craignent la perte de leur autonomie visuelle.
Conseils de vigilance :
- Méfiez-vous des promesses de guérison sans chirurgie pour des maladies organiques.
- Vérifiez l’URL : Un site de santé sérieux ne finit jamais par des extensions bizarres (.xyz, .top, .shop) après un redirection Facebook.
- Consultez votre médecin : Si une telle découverte existait vraiment, elle ferait la une de tous les journaux télévisés et votre ophtalmologue serait le premier à vous en parler.


