Deux photos largement relayées sur les réseaux sociaux montrent trois individus au visage entièrement noircis, enveloppés de tissus ressemblant à du coton, présentés comme des Congolais arrêtés à la frontière par les autorités algériennes. Ils auraient, selon ces publications, tenté de rejoindre l’Espagne en se dissimulant dans un camion transportant du bétail, d’où leur supposé déguisement “en moutons”, avant d’être démasqués puis arrêtés. D’autres versions, tout aussi virales, affirment qu’il s’agirait plutôt de migrants maliens ( 1 , 2 , 3 , 4 , 5 , 6 ), sénégalais ( 1 , 2 , 3 , 4 ), ivoiriens ( 1 , 2 , 3 ) , camerounais , gabonais ou encore de nationalités non précisées ( 1 , 2 , 3 , 4 , 5 , 6 , 7 ). Après vérification, l’équipe de Congo Check a établi que cette histoire est entièrement fausse : les deux images proviennent en réalité de contextes totalement différents. La première est issue d’un challenge de comédie musicale sur TikTok, tandis que la seconde est une image générée par l’intelligence artificielle de Gemini, l’assistant IA de Google.
La nouvelle relayée sur les réseaux sociaux ( 1 , 2 , 3 , 4 , 5 , 6 ) affirme que « trois Congolais, déguisés en moutons, ont tenté de rejoindre l’Espagne depuis l’Algérie. Cachés dans un camion rempli de bétail, ils ont finalement été repérés et arrêtés par la garde algérienne à la frontière ».

Sur X , certains journalistes congolais reconnus et très suivis sur les réseaux ont relayés cette fausse information.
Cette publication a suscité un grand engagement sur les réseaux sociaux, avec des centaines de likes, commentaires et partages. Une polémique s’est même installée dans les commentaires, opposant des internautes de différents pays, tandis que d’autres se moquaient du caractère humoristique de cette nouvelle.
Aucune confirmation des agences internationales
Après vérifications approfondies, l’équipe de Congo Check confirme que cette information est fausse. Les autorités de surveillance frontalière et les bases de données officielles sur les mouvements de migrants ne font état d’aucun incident similaire.
L’Organisation Internationale pour les Migrations (OIM) n’a signalé aucun Congolais arrêté en Algérie. Les données migratoires et les actualités associées ne mentionnent nulle part des personnes déguisées en moutons.
La Gendarmerie nationale algérienne n’a publié aucune information sur cette arrestation, malgré la mise à jour régulière de ses actualités migratoires.
Les autorités espagnoles contactées par Congo Check n’ont également recensé aucun incident. La Guardia Civil & Policía Nacional (la police en Espagne) relaie les informations liées aux forces des polices espagnoles sans avoir eu à informer sur cette nouvelle, qui fait pourtant la une sur les réseaux sociaux.
Frontex, l’agence européenne de garde-frontières et de garde-côtes, chargée du contrôle et de la gestion des frontières extérieures de l’espace Schengen a reconnu n’est pas être au courant de cette nouvelle.
Krzysztof Borowski, porte-parole de Frontex, a précisé à Congo Check que son organisation « n’est au courant d’aucun incident pareil survenu récemment ».
Europol, le centre de coopération policière européenne, n’a trouvé aucune trace d’arrestations de migrants déguisés en animaux en Algérie ou en Espagne entre 2024 et 2025.
Aucune confirmation en RDC
Les autorités congolaises n’ont signalé aucun cas d’arrestation de leurs ressortissants en Algérie. Le Ministère des Affaires étrangères n’a répertorié ni communiqué sur cet événement.
Algérie – Espagne : une Frontière maritime, pas terrestre
L’Espagne et l’Algérie sont séparées par la mer Méditerranée. La “frontière” entre les deux est maritime, pas terrestre. Cela signifie qu’on ne peut pas dire qu’une “frontière algéro-espagnole” terrestre existe : tout passage se fait par mer (bateaux), ce qui rend improbable l’idée d’un “camion + bétail + traversée terrestre Algérie → Espagne” sans passage maritime.

Et, donc, il n’existe pas de plaque à proprement parler délimitant d’un côté l’Espagne et de l’autre l’Algérie, comme essaie de le présenter cette photo.
Un challenge TikTok détourné
Grâce aux outils d’images inversées, nous avons trouvé cette première photo utilisée dans ces publications qui proviennent en réalité d’un challenge TikTok, publié le 7 juillet 2024, dans lequel des participants étaient déguisés en moutons pour une danse virale inspirée du dessin animé Shaun the Sheep. La vidéo originale a été vue par plus de 124 millions d’internautes, likée par plus de 14 millions et commentée à plus de 208 000 reprises.
Plus tard, elle avait été postée par d’autres comptes TikTok, comme ici.
Toujours en menant nos recherches autour de cette image, nous avons trouvé un vidéaste somalien qui contextualisait la même photo, mais qui présentaient les personnes comme étant des somaliens arrêtés en Algérie, pour des motifs migratoires.
Plusieurs médias internationaux ( 1 , 2 , 3 , 4 ) avaient déjà analysé cette photo et conclu à un détournement de contexte, comme c’est le cas pour Congo Check. La nouvelle l’accompagnant est aussi fausse.
Une image générée par l’IA
La seconde photo provient d’une image générée par l’IA Gemini de Google, utilisée par certains auteurs de la fausse information. Le logo de Gemini était encore visible sur l’image originale publiée par certains comptes qui ont relayé cette fausse information, en oubliant de rogner la photo, permettant de confirmer son origine artificielle.

Gemini est un assistant IA de Google, capable de générer du texte, de la voix ou des images, et d’accomplir des tâches comme la rédaction, la création visuelle ou l’exploration d’informations.
Même si la diffusion de l’image a réduit sa qualité, l’analyse des métadonnées et la présence du logo ont permis de confirmer qu’elle ne représente pas une scène réelle à la frontière algérienne.
D’une vidéo humoristique à une nouvelle sensationnelle
Cet exemple illustre bien comment une image détournée une simple vidéo humoristique ou artistique peut être transformée en une “nouvelle” sensationnelle (ici, un récit d’immigration dramatique) et propagée massivement comme un fait réel. Ce genre de désinformation peut créer des peurs infondées, alimenter des préjugés à l’encontre des migrants, et nuire à la crédibilité médiatique ou publique.


