Depuis plusieurs jours, une publication largement partagée sur les réseaux sociaux affirme que les coupures et délestages d’électricité en République démocratique du Congo ne seraient pas de la responsabilité de la Société nationale d’électricité (SNEL), mais plutôt de l’Autorité de régulation du secteur de l’électricité (ARE). Le message soutient que la SNEL ne ferait que transporter le courant, tandis que l’ARE déciderait des délestages et de la distribution finale de l’électricité dans les ménages. Cette affirmation est trompeuse et ne reflète pas la répartition réelle des rôles dans le secteur électrique congolais.
« Plusieurs personnes culpabilisent la SNEL. Elles pensent que la SNEL gère mal la stabilité de courant électrique dans les ménages et que la SNEL est à la base des délestages interminables. Mais c’est faux. Le coupable dans le problème de courant électrique en RDC est l’Autorité de régulation du secteur de l’électricité (ARE) », écrit l’auteur de la publication. Selon lui, les délestages et coupures répétées ne « concernent pas la SNEL ».
Pourtant, les faits contredisent cette thèse. En RDC, la SNEL est l’opérateur public historique de l’électricité. Selon les textes en vigueur et les informations publiques disponibles, elle est chargée de la production, du transport et de la distribution de l’électricité sur l’ensemble du territoire national. Elle exploite notamment les barrages hydroélectriques, gère les lignes de transport à haute et moyenne tension et assure l’acheminement du courant jusqu’aux consommateurs finaux, qu’il s’agisse des ménages, des entreprises ou des industries. Plusieurs analyses et rapports spécialisés rappellent que la SNEL demeure au cœur de la chaîne électrique congolaise, depuis le point de production jusqu’au point de consommation, et qu’elle ne se limite pas à un simple rôle de transporteur passif du courant.
L’Autorité de régulation du secteur de l’électricité, quant à elle, n’a pas pour mission de produire ou de distribuer l’électricité. Créée dans le cadre de la libéralisation partielle du secteur, l’ARE est un organe de régulation chargé d’encadrer le marché, de fixer et faire respecter les règles, de délivrer des licences, de surveiller les opérateurs et de protéger les consommateurs. Elle intervient notamment dans la définition des normes techniques, le contrôle des pratiques des opérateurs et la gestion de certains litiges entre fournisseurs et usagers.
« C’est incorrect d’affirmer que l’ARE gère les coupures et les délestages. Le texte qui le régit, c’est-à-dire le décret du 21 avril 2016 fixe ses missions. Il s’agit notamment d’assurer la régulation ainsi que le contrôle et le suivi des activités du secteur de l’électricité », explique Christian Butsila qui couvre le secteur de l’électrité notamment.
Du côté de la SNEL, M. Mayangila, consultant en charge de la communication dans cette entreprise publique, a expliqué que « l’ARE n’intervient dans l’exploitation du réseau ». Ce qui contredit la thèse avancée dans la publication. Les recherches menées par Congo Check ont également permis d’établir que le secteur de l’électricité est partiellement libéralisé depuis 2014.
« C’est cette Loi de 2014 qui sous-tend l’existence de l’ARE. Avec la libéralisation, il faut une autorité neutre pour assurer la police de la concurrence. Aujourd’hui, la SNEL, bien que société de l’État, n’a plus le monopole de produire ou vendre l’électricité », a poursuivi le journaliste.
Ainsi, contrairement à ce que suggère la publication, l’ARE ne décide pas de coupures de courant dans les quartiers ni des délestages quotidiens. Dans la pratique, les délestages sont souvent liés à une production insuffisante par rapport à la demande, à des contraintes techniques sur le réseau ou à des opérations de maintenance, des éléments qui relèvent principalement de l’opérateur, en l’occurrence la SNEL.
« On déleste pour ne pas surcharger le transformateur », explique Daddy Nsumbu, agent de la SNEL à Kinshasa, en charge du service de dépannage et délestage dans la commune de Ngiri-Ngiri.
Toutefois, en tant que régulateur, l’ARE peut intervenir pour exiger des explications, recommander des mesures correctives ou encadrer les pratiques. Le point 3 de l’article 3 du Décret qui la créé lui confère la mission de « veiller à l’accès des tiers aux réseaux de transport d’électricité, dans la limite des capacités disponibles », sans cependant se substituer à la SNEL ou aux autres opérateurs du secteur.


