Sur Instagram, une vidéo likée par plus de 30 000 internautes et commentée par plus de 1 800 autres prétend montrer le quotidien d’un élève français de 15 ans, nommé Nicolas Arnault, présenté comme membre de la famille du milliardaire Bernard Arnault, propriétaire du groupe LVMH (Moët Hennessy – Louis Vuitton), le plus grand conglomérat de luxe au monde. Ce mini-documentaire d’une minute et vingt-deux secondes affirme que le jeune étudie dans « l’établissement le plus cher au monde », situé au cœur de la Suisse, où il paierait 300 000 euros de frais de scolarité. Plusieurs éléments visibles dans la vidéo renforcent l’idée d’un univers luxueux où évoluerait cet élève supposément lié à la famille Arnault. Après examen, nos vérifications montrent que cette vidéo est en réalité un hypertrucage, ou deepfake, obtenu grâce à une intelligence artificielle modifiant la voix off du journaliste qui explique les faits montrés dans la vidéo. La version authentique provient d’un mini-documentaire de TF1 diffusé en 2019 et consacré au pensionnat suisse « Beau Soleil Alpin International ». Elle suit le parcours d’Agustino, un adolescent italien de 14 ans, et n’a aucun lien avec la famille Arnault.
La vidéo est publiée à deux reprises sur ce compte Instagram : une première fois le 13 novembre, puis le 18 novembre. Dans les deux cas, de nombreux internautes ont réagi en commentant ou en partageant la publication.
Sur Facebook, notre équipe a retrouvé la même vidéo postée à ces deux adresses ( 1 , 2 ). Elle circule également sur TikTok, où la version modifiée a été largement relayée.
Un deepfake détectée
Pour commencer son enquête, l’équipe de Congo Check a analysé l’intégralité de la vidéo manipulée. Dès la douzième seconde, apparaît le nom de l’établissement : « Beau Soleil Collège Alpin International », censé être celui où étudierait le jeune Nicolas Arnault présenté comme le petit-fils de Bernard Arnault.
Sans attendre, nous avons recherché ce nom sur Google. Très rapidement, nous avons retrouvé un mini-documentaire publié par l’établissement lui-même le 6 novembre 2019, reprenant un reportage diffusé le 27 octobre 2019 dans l’émission Sept à Huit de TF1.
Sur sa page officielle, le Beau Soleil Collège Alpin International remercie d’ailleurs l’émission de TF1 pour ce reportage consacré à son établissement « d’exception ».
Cet extrait vidéo est issu publié par la page officielle du lycée est un replay de Sept à Huit, une émission d’information et de reportages hebdomadaire diffusée sur TF1 et présentée par Harry Roselmack. Et, cet extrait apporte plusieurs précisions contraires à celles que présentaient la vidéo manipulée. Il s’agit par exemple du prix annuel de la scolarité qui n’est pas de 300 mille euros, mais plutôt de 150 mille euros. L’élève présenté n’est pas Nicolas, mais plutôt Agustino. Il n’a pas 15 ans, plutôt 14 et n’est pas français, plutôt italien. Dans les premières secondes de la vidéo, on ne parle pas de ses montres de luxe, mais plutôt de ses choix d’habillement dictés par les protocoles stricts de l’établissement.
Pour vérifier la localisation, Congo Check a également consulté l’environnement de l’école via Street View.
Il demeure toutefois exact que cet établissement privé attire les enfants de familles parmi les plus fortunées au monde, et qu’il figure régulièrement dans les classements des écoles les plus chères.
Quid de Nicolas Arnault ?
Après avoir consulté des sources officielles et publiques, Congo Check n’a trouvé aucune trace d’un « Nicolas Arnault » présenté comme petit-fils de Bernard Arnault. Ce dernier a cinq enfants : Delphine et Antoine (issus de son premier mariage), puis Alexandre, Frédéric et Jean (issus de son union avec Hélène Mercier).
S’il est connu qu’il a plusieurs petits-enfants, leurs noms ne sont pas rendus publics dans les médias reconnus ou dans les communications officielles.

Pour obtenir davantage de précisions, Congo Check a contacté le Collège Alpin Beau Soleil afin de savoir si un élève portant ce nom est inscrit dans l’établissement et, le cas échéant, s’il aurait un lien familial avec Bernard Arnault.
Le danger de l’hypertrucage ou des deepfake
Comme Congo Check l’a déjà souligné à plusieurs reprises, les deepfakes constituent aujourd’hui l’une des formes les plus préoccupantes de désinformation. Ils permettent de produire très facilement des vidéos, des voix ou des images d’apparence réaliste qui montrent des personnes dans des situations qu’elles n’ont jamais vécues.
Grâce à l’intelligence artificielle, ces contenus imitent avec précision les expressions faciales, le ton de la voix et les mouvements corporels. Pour un internaute non averti, il devient extrêmement difficile de distinguer le vrai du faux, ce qui ouvre la porte à des manipulations massives visant des personnalités publiques, des institutions ou des citoyens ordinaires.
Les deepfakes ne posent pas seulement un problème technique : ils représentent un risque social, politique et sécuritaire majeur. Une vidéo falsifiée peut ternir une réputation, déclencher une panique, attiser des tensions communautaires ou manipuler l’opinion publique surtout lorsqu’elle est largement partagée avant que la vérité ne puisse être rétablie.
La réputation d’un établissement et d’une famille en jeu
Cette vidéo manipulée associe, sans fondement, un établissement scolaire suisse de prestige et l’une des familles les plus médiatisées du monde à une histoire totalement inventée. Présenté comme un fait réel, ce type de contenu peut créer de fausses perceptions, induire le public en erreur et porter atteinte à la réputation de l’école comme à celle de la famille Arnault.
Avec la multiplication des contenus falsifiés produits par intelligence artificielle, la vigilance devient indispensable : les informations trompeuses circulent rapidement et sont de plus en plus difficiles à détecter.


