“La République démocratique du Congo a réussi à inscrire la CRDH (Convention pour le Respect des Droits Humains) sur la liste des organisations terroristes” annoncent des posts sur les réseaux sociaux.
"Selon les autorités, ses animateurs et activistes des droits humains se seraient illustrés comme des propagandistes du terrorisme, accusés d’avoir gardé le silence sur plusieurs faits graves, notamment la découverte de trois fosses communes au Sud-Kivu, le bombardement de sites civils à Kisangani ainsi que la mauvaise manipulation de drones dans la périphérie de Rubaya, ayant entraîné la mort de plusieurs exploitants de minerais. Il est également fait mention d’un groupe WhatsApp qui aurait été créé pour faire l’apologie du terrorisme. Le Bureau conjoint des Nations unies aux droits de l'homme / MONUSCO ainsi que la Cour pénale internationale seraient saisis de la question" poursuivent les mêmes publications, qui attribuent la déclaration au porte-parole des Forces Armées de la République démocratique du Congo, le lieutenant-colonel Mak Hazukay Mongba.
Congo Check a vérifié l’information et indique qu’elle est sortie du contexte. La déclaration attribuée au porte-parole de l’armée congolaise est vraie mais dénaturée. Il s’agit d’un de ses commentaires dans un groupe WhatsApp de la CRDH, mais pas d’une déclaration à la presse quant à une démarche du gouvernement congolais.
Un commentaire dans un groupe WhatsApp
Congo Check a examiné l’origine de cette information et a abouti à un message message envoyé dans un forum WhatsApp géré par l’organisation CRDH. Un membre de ce forum a transféré ce message à Congo Check. Ce message a été authentifié auprès de gestionnaires de ce forum, qui a indiqué que ce message était un échange entre citoyens mais n’engageait en aucun cas l’armée congolaise ou le gouvernement congolais.
“Il s’agit d’un tract, de la guerre médiatique” a rétorqué le lieutenant-colonel Mak Hazukay Mongba, fustigiant le fait qu’une discussion dans un groupe Wattsapp devient un sujet journalistique ou un article de presse.
La CRDH dénonce aussi la dénaturation du message WhatsApp de Mak Hazukay
Contacté par Congo Check, Jean-Paul Ngahangondi, coordonnateur de la Convention pour le Respect des Droits Humains, CRDH déclare que l’échange entre lui et le porte-parole de Forces Armées de la République démocratique du Congo portait sur les récents rapports publiés par son organisme sur les violations de droits humains dans la ville d’Uvira, où l’armée congolaise s’est récemment redéployée après le retrait des troupes de l’Alliance Fleuve Congo/Mouvement du 23 Mars (AFC-M23). Pour Jean-Paul Ngahangondi, la récupération d’un commentaire dans un groupe WhatsApp fait par un membre et le déformer à une déclaration officielle est un manque de professionnalisme de la part de journalistes, présents dans ce groupe ouvert.
Il note cependant qu’aucun document émanant du gouvernement congolais pour statuer sur cette qualification n’est pas jamais parvenu à son organisation.
Jean-Paul Ngahangondi s’est dit d’ailleurs ne pas être inquiété par une telle approche car son organisation n’a pas porté atteinte à ses principes de documentation de violations flagrantes de droits humains. “Notre organisation a œuvré depuis plusieurs années dans la documentation des exactions contre les populations civiles. À Beni, la CRDH a documenté les tueries des rebelles de l’Allied Democratic Forces, ADF contre les civils. Aujourd’hui, elle documente les exactions contre les populations locales dans la zone d’Uvira et reste engagé dans ce combat.”
La CRDH, membre d’un consortium agrée en France
Poursuivant son entretien avec Congo Check, Jean-Paul Ngahangondi a expliqué que son organisation s’est alliée à d’autres mouvements luttant contre l’extermination de populations suite à la discrimination souvent véhiculée par le discours de haine. Il a mentionné que la mutuelle de la communauté Banyamulenge Isoko et d’autres structures qui ont rejoint un consortium initié par la CRDH mènent une lutte concertée afin d’alerter le monde contre les crimes qui ciblent les populations civiles de la partie orientale de la République démocratique du Congo et plaident pour une justice pour les victimes.
“Notre consortium a été agrée en France à la fin du mois de février dernier. Ceci est une reconnaissance de notre combat et nous continuerons à mener notre lutte afin que les auteurs de graves exactions contre les populations congolaises puissent être punis et qu’une réparation soit accordée aux nombreuses victimes” s’est-il engagé, partageant avec Congo Check, le document reçu des autorités françaises que vous pouvez consulter via ce lien:


