Le 5 avril lors d’un rassemblement populaire à l’esplanade du Palais du peuple à Kinshasa en marge du retour des Léopards, un groupe de jeunes a dénoncé, devant le président Tshisekedi, les tracasseries dont ils sont l’objet de la part des éléments de la Police, parfois à cause de leurs coiffures, jugées extravagantes. Sur Internet, la réponse du président congolais a vite était déformée. Des publications Facebook ont prétendu que le chef de l’État aurait encouragé les jeunes à affronter la police.
« Fatshi aux jeunes: policier oyo ako kanga bino pona suki ebele na mutu, bokanga ye (traduction : « si un policier vous arrête à cause de vos cheveux, arrêtez-le) », ont écrit en lingala des internautes congolais. Cette phrase attribuée au président de la République a rapidement fait réagir l’opinion, perçue comme un appel à la désobéissance civile.
Pourtant, contrairement à ce qui est avancé dans ces publications, cette version n’est pas correcte. Les équipes de Congo Check présent lors de cette rencontre n’ont pas assisté à un message de ce genre. Le chef de l’État ne s’adressait pas à la population pour l’inciter à arrêter des policiers. Son message visait en réalité les responsables des forces de l’ordre, qu’il appelait à sanctionner ou neutraliser les agents auteurs de tracasseries, notamment ceux qui s’en prennent aux jeunes en raison de leur apparence, comme la coiffure. Cette nuance essentielle démontre qu’il s’agit d’un rappel à l’ordre interne et non d’un appel à l’action citoyenne.
« Tout policier qui osera encore arrêter un enfant pour sa coiffure, arrêtez-le », a dit Félix Tshisekedi après avoir interpellé le chef de la Police.
Face à la multiplication de ces publications, Congo Check a approché le bureau du porte-parole du président de la République (BPP-RDC) qui a dénoncé une « manipulation » face à un message « clair ».
Isolée de son contexte, la phrase a été reformulée et diffusée de manière à en modifier le sens. Expert en langue lingala, José Ikalw’ofolo a également été approché pour une analyse sémantique de la phrase. Ce dernier a été formelle, tout en reconnaissant l’ambiguïté de la langue. « C’est clair que le président s’adresse aux responsables de la Police qu’il cite en introduction de sa phrase. C’est ça la beauté du lingala », a-t-il expliqué.
Replacée dans l’ensemble du discours prononcé le 5 avril, l’intervention s’inscrit dans une dénonciation des abus policiers et une volonté d’encadrer les pratiques au sein des services de sécurité. Les propos déformés et attribués à des personnalités publiques sont une forme répandue de désinformation, rappelant l’importance de vérifier le contexte d’une déclaration, le public visé et la formulation exacte avant de tirer des conclusions ou de relayer une interprétation.


