Dans un contexte des négociations entre le gouvernement de la RDC et les rebelles du M23 à Doha, sous l’égide du Qatar, une image a subitement fait surface sur les réseaux sociaux. Elle montre deux hommes en uniforme, un Qatari et un Rwandais, se serrant la main. Les drapeaux des deux nations flottent derrière eux. La légende qui accompagne la photo est accusatrice : elle prétend que le Qatar vient de signer un accord pour financer l’achat d’armes pour le Rwanda. La rumeur se propage comme une traînée de poudre, jetant une ombre sur la médiation qatarie. Sur Internet, des Congolais ont jugé cette position du Qatar indécente, s’interrogeant sur ce double-jeu. « Comment un pays peut-il se présenter comme médiateur de paix tout en finançant secrètement l’un des belligérants ? », lit-on sur certaines publications. Pourtant, ni la photo, ni l’information ne sont récentes. Ce contenu a été délibérément mis en circulation pour créer un narratif de partialité et, par conséquent, compromettre les négociations de paix à Doha.
Les commentaires parcourus ont dénoté le crédit accordé à cette affirmation qui a commencé à circuler dans un premier temps via X, via le compte RDC_Times. La photo accompagnant le claim, présentée comme une preuve, est visuellement convaincante, lourde de sens, et s’insère parfaitement dans un récit de trahison.
Le voyage dans le temps de la photo
Pour vérifier cette allégations, les équipes de Congo Check ont d’abord entrepris de retrouver le contexte de la photo, en effectuant une recherche d’images inversées, améliorées par des outils d’intelligence artificielle. Cette méthode a permis d’identifier les deux hommes sur la photo. Il s’agit du général rwandais Jean Bosco Kazura, et du lieutenant-général qatari Salem Bin Hamad Al Aqeel Al Nabit. Une recherche sur Jean-Bosco Kazura a permis d’établir qu’il est en retraite depuis fin août 2024, après avoir dirigé les Forces de défense du Rwanda (RDF) entre 2019 et 2023. De son côté, Salem Bin Hamad Al Nabit a quitté son poste de chef d’État-major de l’armée qatarienne depuis le 14 novembre 2024, remplacé par le général Jassim bin Mohammed Al Mannai.
Des recherches approfondies ont permis d’établir que le cliché n’est pas récente, mais remonte le 2 mars 2022 lors d’une visite officielle d’une délégation de l’armée qatarienne au Rwanda. Ce jour-là, le chef d’état-major des forces armées du Qatar, le lieutenant-général Salem Bin Hamad Al Nabit, et son homologue rwandais avaient paraphé un « protocole d’accord entre les forces armées du Qatar et les forces de défense rwandaises visant à élargir leurs domaines de coopération en matière de défense et de sécurité ».
Dans le cadre de cet accord, le Qatar a mené, en août 2024, une formation intensive de 6 semaines à destination de 100 agents de la police militaire rwandaise, axée sur le contre-terrorisme, la protection VIP et la gestion des émeutes, organisée à l’Académie militaire de Gako au Rwanda. Une formation similaire a également été organisé en août 2025 pour 163 officiers et autres grades de la police militaire des Forces de défense rwandaises (RDF). Ce programme de formation intensive a également pris six semaines, mené conjointement par les RDF et les forces armées du Qatar, toujours à l’Académie militaire du Rwanda à Gako.
Le Qatar n’est pas le seul pays ayant une relation militaire avec le Rwanda. Le 18 août à Stuttgart, le général de division Vincent Nyakarundi, commandant des Forces terrestres rwandaises, a échangé avec le général Dagvin R.M. Anderson, commandant des forces américaines en Afrique (AFRICOM) autour de la coopération militaire bilatérale entre les deux pays, évoquant les moyens de la renforcer. Kigali et Washington entretiennent en effet des relations étroites et une coopération dans plusieurs secteurs, notamment la sécurité et le militaire, même si cette relation a connu un coup dur en 2023 en septembre 2023 avec l’inscription du Rwanda sur la liste des pays utilisant des enfants soldats. Les liens entre Kigali et WASHINGTON n’ont pas cependant empêché l’administration à s’impliquer pour tenter de résoudre le conflit dans l’Est de la RDC.
De même, le Qatar a investi un capital diplomatique considérable dans la médiation des conflits. Il a été le premier pays à faire asseoir Tshisekedi et Kagame autour d’une même table, après les multiples échecs de l’Union africaine. Cette rumeur sur sa prétendue partialité pourrait saper les efforts de médiation de Doha.
Alors que Kinshasa et les rebelles s’apprêtent à entamer un nouveau round de négociations qui pourrait déboucher à un accord de paix, il est vital de vérifier les informations et de ne pas se laisser manipuler par des images qui, bien que vraies, peuvent raconter une histoire entièrement fabriquée.


