Sur Facebook, la page dénommée “ Prossy Hussein IV ” à relayé une vidéo illustrant une scène étonnante, prétendument survenue en République démocratique du Congo, où un cadavre s’est transformé en python à l’intérieur d’un cercueil pendant la commémoration d’un deuil. On y voit des participants au deuil en larmes, et lorsqu’ils s’approchent pour rendre un dernier hommage au défunt, ils découvrent avec horreur que le cadavre s’est métamorphosé en serpent, provoquant la panique parmi eux. En légende, l’auteur fait passer cet événement comme un fait réel qui a eu lieu en RDC. Les recherches menées par Congo Check ont permis d’établir que cette vidéo ne représente pas une scène qui s’est déroulée en RDC, mais plutôt une pièce de théâtre jouée dans les années 1990 par le groupe théâtral “ Salongo ”, populaire à l’époque du Zaïre.
« Urgent : un cadavre s’est transformé en python dans le cercueil dans un coin reculé de la RDC. » informe cette page comptant 42 milles abonnés
Cette scène pourtant irréelle, a été massivement répandue sur la toile sans que les propagateurs ne se rendent compte qu’il s’agit simplement d’un ancien théâtre.
Mise en ligne en date du 9 novembre, cette vidéo a enregistré à ce jour 837 mention “ j’aime ”, 276 commentaires et plus de 170 partages.
Quelques internautes trompés
La lecture de l’ensemble des commentaires générés par cette publication laisse entrevoir que certains internautes ont cru en l’existence de cette scène terrifiante.
« Le talent spirituel africain. » écrit HorrsslAin Kola
« Parfois je me demande les gens qui pleure trop là, pourquoi ils fuit si vite comme ça ?. » se questionne l’internaute Zawadi Sasa
Une vidéo décontextualisée tirée de la pièce théâtrale “Bokutani” du groupe Salongo
Dans sa démarche de vérification, l’équipe de rédaction de Congo Check a recherché et retrouvé sur YouTube la pièce théâtrale à partir de laquelle cette scène a été extraite. Publiée sur les réseaux sociaux dans l’objectif de manipuler l’opinion publique, cette vidéo provient en réalité du théâtre intitulé “Bokutani”, sorti en 1993, et joué par le célèbre groupe théâtral zaïrois “Salongo”. La pièce est disponible sur la chaîne YouTube “ Yannick Malhe TV”.
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Intrigue du théâtre
L’intrigue de “Bokutani” tourne autour des relations familiales, des conflits entre épouses, des problèmes avec la belle-famille, ainsi que des difficultés de la vie urbaine à Kinshasa. Elle aborde aussi la gestion de l’argent et les problèmes de voisinage.
Personnages
Le théâtre présente généralement des figures archétypales, notamment :
– Le père de famille : souvent dépassé ou volage.
– La mère/épouse : confrontée aux problèmes domestiques.
– La “Mama Leki : tante maternelle, figure d’autorité et source de conflit.
– Le voisin curieux ou l’ami opportuniste .
Identification de cet extrait vidéo
Après avoir visionné tous les épisodes de la pièce, nous avons pu déterminer que cette transformation du cadavre en serpent se produit dans l’épisode 6, à partir de la 56eminutes 56 secondes jusqu’à la 59e minutes 13 secondes. L’actrice Mabele y subit cette métamorphose en Python.
Historique du groupe théâtral “Salongo”
Le groupe “Salongo” est une association d’acteurs kinois qui a laissé une empreinte indélébile dans l’histoire culturelle de la RDC. Fondé en 1975 par le réalisateur visionnaire Tshitenge Nsana, Salongo demeure une référence incontournable dans l’émergence du théâtre congolais. Bien plus qu’une simple troupe, il a incarné l’âme d’une époque et marqué la mémoire collective du peuple congolais.
Diffusé chaque jeudi à 22 heures sur la RTNC, le programme Salongo était attendu comme un véritable rendez-vous familial. Dès les premières notes de la célèbre chanson « Laisse tomber » de Frank Lassan Fariala, les téléspectateurs savaient qu’ils allaient plonger dans un univers mêlant humour, critique sociale et émotion.
Salongo a révélé au grand public une pléiade de comédiens dont la créativité, le charisme et le jeu de scène ont inspiré des générations entières. On peut citer parmi eux : Bomengo, Mabele, Monzele, Alinga, Nioka, et bien d’autres.
Une œuvre culturelle et sociale
Au-delà du divertissement, Salongo a été un miroir tendu à la société congolaise. À travers des sketchs et des pièces souvent drôles mais toujours porteurs de sens, le groupe a abordé des thématiques profondes : contradictions sociales, travers politiques, vie familiale, ainsi que les espoirs et désillusions d’une génération. Chaque épisode, sous des allures légères, portait un message important.
Un héritage vivant
Aujourd’hui encore, Salongo demeure dans les mémoires comme un monument de la culture congolaise. Ses archives, ses répliques cultes et ses figures emblématiques continuent d’inspirer les artistes, dramaturges et comédiens de la nouvelle génération. Pour beaucoup de Congolais, le nom même de Salongo évoque une époque dorée du théâtre national, où la création était à la fois un acte d’art et de résistance culturelle.
Après vérification, Congo Check assure que cette vidéo prétendant illustrer une scène où un cadavre se transforme en Python n’est pas réelle, mais provient bel et bien de la pièce théâtrale “Bokutani” du groupe Salongo.


