A la suite de la relance de la ligne ferroviaire Kinshasa-Matadi, une polémique est apparue sur les réseaux sociaux, basée sur une comparaison entre le président Tshisekedi et son prédécesseur Joseph Kabila. La campagne s’appuie sur une image montrant un wagon de train avec le numéro « C6339 », bondé de personnes, à l’intérieur et sur le toit, certaines regardant par les fenêtres. De nombreuses autres personnes sont assises ou debout sur le toit du wagon, certaines levant les bras. A l’aide d’une application mobile, l’inscription « sous les 18 ans de Kabila » a été collée à l’image, diffusée notamment via le compte Yannick Luntadila, un des conseillers du président. Bien que frappante, l’image ne raconte qu’une partie de l’histoire. Une forme de désinformation mêlant informations vraies dans un contexte différent.
Sur Internet, ce cliché, devenu viral, suggère une atmosphère générale chaotique et une situation de transport surpeuplé sous le règne de Joseph Kabila qui a dirigé la République démocratique du Congo entre 2001 et 2019.
Les recherches menées par Congo Check ont établi que le cliché date de 2006, bien avant les premières élections générales. Cette image montre en effet une réalité post-conflit, marquée par des infrastructures fragilisées. C’est ce que fait remarquer l’auteur du cliché, le photographe Schalk Van Zuydam. « Des gens se tiennent debout sur le toit d’un train à Kinshasa, au Congo, le vendredi 3 novembre 2006. Le Congo dispose d’un réseau ferroviaire limité et les routes ne suffisent pas à relier le pays. Le Congo peine à se remettre de la guerre de 1998-2002 qui a divisé le pays en fiefs rivaux et a impliqué les armées d’une demi-douzaine de pays africains, dont beaucoup ont été accusés de piller les richesses minières du pays, notamment le diamant, l’or et le cuivre », écrit-il en légende à ce photo prise pour Associated press (AP).
Kabila a initié la modernisation du système ferroviaire
D’autres recherches ont établi que, durant son mandat, Joseph Kabila a initié la relance des infrastructures ferroviaires avec des initiatives de modernisation du parc ferroviaire et de réhabilitation des lignes principales, notamment celle reliant Matadi à Kinshasa. Cette ligne stratégique a fait l’objet d’investissements importants, avec l’aide de partenaires internationaux, pour restaurer sa fonctionnalité et sécuriser le transport de passagers et de marchandises. En 2016, un financement extérieur de près de 1 milliard de dollars a été évoqué pour ce secteur SCTP.
En parallèle, le gouvernement a entrepris l’acquisition de nouveaux trains et de locomotives, dans le but de remplacer le matériel vétuste qui circulait depuis plusieurs décennies. Ces efforts ont été complétés par des partenariats avec des institutions étrangères, comme la Belgique, afin de réhabiliter certaines lignes ferroviaires urbaines et d’améliorer la sécurité et la régularité des services.
Déjà en 2007, un projet a permis le démarrage de travaux de réhabilitation dès 2010, témoignant de la volonté de redynamiser le réseau ferroviaire du pays (rehabilitation-gets-underway).
Malgré ces efforts, le chemin n’a pas été facile. Les défis logistiques, le manque de financement, et la lenteur administrative ont parfois ralenti les travaux, donnant l’impression que peu de choses avaient changé. Pourtant, en novembre 2016, Kabila avait bien lancé un « train express » Kinshasa-Matadi. A l’époque, il s’agissait d’une dizaine de nouvelles voitures du train voyageurs express de cette ligne (matininfos).
Une année plus tôt, soit en juillet 2015, dix-huit locomotives neuves ont été inaugurées à Lubumbashi, chef-lieu du Haut-Katanga pour un coût total de plus de 31 millions de dollars américains à suivre sur radiookapi.net/actualite.
En RDC, ce cas de désinformation illustre une réalité plus vaste où des bilans politiques sont souvent manipulés, dans un sens ou dans l’autre, pours des intérêts politiciennes. Ce qui renforce l’importance de contextualiser les images et les informations avant de les partager car, une photo seule peut tromper et véhiculer des idées fausses si elle est sortie de son contexte ou accompagnée d’une interprétation simpliste.


