Des images spectaculaires, des scènes de protestation contre la présence du M23 dans des territoires de la RDC et des messages patriotiques viraux circulent abondamment sur Facebook, portés par la page « Peuple congolais levons-nous » qui revendique ouvertement un engagement idéologique. Présenté comme un espace de « création de contenus digitaux » destiné à lutter contre une supposée « guerre numérique », ce profil diffuse majoritairement des contenus générés par intelligence artificielle, utilisés pour promouvoir un narratif systématiquement favorable au régime en place. Une analyse de son positionnement, de ses méthodes et de ses productions montre qu’il ne s’agit pas d’un média d’information, mais d’un acteur d’influence s’inscrivant dans les logiques contemporaines de désinformation politique.
Dans sa description, le compte affiche clairement son objectif militant. Il se revendique d’un patriotisme radical, affirme aimer « le Congo ou rien » et appelle à la prise en charge du peuple, tout en se positionnant dans un rapport conflictuel à l’information, qualifiée de « guerre numérique ». Ce vocabulaire, fréquemment employé dans les stratégies de mobilisation politique en ligne, annonce une démarche orientée vers la persuasion plutôt que vers la diffusion de faits vérifiés.
Toutefois, les contenus sont publiés sans « disclaimer » renvoyant à des contenus IA. Les publications sont présentées comme réelles. Le 27 janvier, la page a publié un prétendu « Meeting à Lubumbashi » où on entend une voix féminine déclare : « Nous n’allons jamais pardonner les traître. Corneille Nangaa doit payer devant la justice ». Le 26 janvier, une autre vidéo a été publiée avec la légende suivante : « Urgent: Bukavu, un jeune homme, courageux annonce la fin du M23 à Bukavu, et il est arrêté ». Les deux séquences présentes plusieurs indices d’IA mais ont pu tromper les internautes.
De plus, l’examen des publications montre une utilisation intensive d’outils d’intelligence artificielle pour produire ces images, ces visuels et parfois des mises en scène politiques hyperréalistes. Ces contenus ne sont généralement pas signalés comme étant générés par IA, ce qui entretient une confusion entre documents authentiques et productions artificielles. L’outil de détection Video Attestiv a établi que plusieurs de ces vidéos ne sont pas réelles, avec des taux de probabilité allant de 89 à 98%.
L’utilisation de l’intelligence artificielle dans ce cadre accentue le risque de désinformation. Les images et vidéos produites donnent une impression de crédibilité et d’authenticité, alors qu’elles relèvent d’une construction narrative. Dans le contexte congolais, marqué par des tensions politiques, sécuritaires et sociales, l’utilisation de contenus générés par IA à des fins de persuasion politique pose un problème majeur. Elle contribue à brouiller la frontière entre information et opinion, à renforcer des narratifs partisans présentés comme des évidences et à affaiblir la capacité du public à exercer un regard critique sur les images circulant en ligne. L’intelligence artificielle devient alors un outil de manipulation de l’opinion plutôt qu’un simple moyen d’expression créative.


