La page Facebook Xavi Alonso, ayant plus de 84 000 abonnés, a publié une vidéo avec un bandeau rouge indiquant : « Des femmes algériennes manifestent dans les rues pour demander leurs droits de se marier avec des hommes africains noirs »
Dans cette vidéo, on voit une foule de femmes, certaines portant des drapeaux algériens sur les épaules ou dans les mains. L’ambiance est celle d’une manifestation où un cortège majoritairement féminin dans des rues principales, voilé pour certaines, jeune ou âgé pour d’autres, avec des pancartes dont les inscriptions restent illisibles. Cette publication a été largement partagée, suscitant questions, confusion et scepticisme.
Cependant, après vérification, Congo Check confirme qu’il s’agit d’une vidéo décontextualisée. Elle date du 8 mars 2019 à Alger, lors de la Journée internationale des droits des femmes, coïncidant avec le troisième vendredi de mobilisation contre le cinquième mandat du président Abdelaziz Bouteflika. Il ne s’agissait pas d’une manifestation revendiquant le droit des femmes algériennes à épouser des hommes africains noirs. Méfiez-vous.
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Une manifestation de Hirak de 2019, coïncidant avec la journée internationale de la femme
Pour vérifier cette information, nous avons utilisé la recherche inversée d’images avec Google Lens, conduisant à un article du journal Le Point publié le 9 mars 2019 intitulé : « Manifestations en Algérie : les drapeaux, aubaines des vendeurs à la sauvette »
La vidéo est accompagnée de cette légende :
Manifestations en Algérie : les drapeaux, aubaines des vendeurs à la sauvette © AFP »

Le corps de l’article précise que, le 9 mars 2019, les manifestations massives contre le cinquième mandat de Bouteflika ont coïncidé avec la Journée internationale des droits des femmes. Les drapeaux et écharpes vendus par des commerçants informels symbolisaient la mobilisation populaire et représentaient pour certains chômeurs une source de revenus exceptionnelle. Au-delà du commerce, le drapeau incarnait un signe de liberté et d’unité nationale.
D’autres médias, comme Le Monde, Euronews et France 24, confirment que les images montrent la mobilisation du Hirak et non une revendication spécifique sur le mariage avec des hommes africains noirs.
Contactée par Congo Check, Amira Mahfoudi, journaliste à TV5MONDE et ayant couvert cette manifestation précise :
« Cette marche n’a pas eu lieu pour ce motif. Ces images sont issues des manifestations du Hirak qui ont commencé en 2019. Les revendications étaient mixtes : politiques et féministes. Il faut savoir qu’il y avait chaque semaine, quand il y a eu la manifestation, c’était tous les vendredis. Il y avait toujours la présence d’un carré féministe. Et du coup c’était des associations, des chercheuses, des femmes de tous bords qui venaient manifester et apporter aussi leur voix à celle du peuple.
Et d’ailleurs, depuis Hirak, qui a duré un an et demi jusqu’à deux ans, il n’y a pas eu de manifestation aussi grande que celle-là, parce qu’elle avait rempli toutes les principales rues de la capitale. Du coup, il n’y a pas eu de manifestation depuis.» Affirme-t-elle.
Mariage mixte en Algérie
Les femmes algériennes ne sont jamais interdites d’épouser des hommes africains noirs. Selon les lois en vigueur. Si la femme est musulmane, son futur mari doit être musulman ou fournir un certificat de conversion à l’islam. En résumé, une Algérienne peut se marier avec un homme étranger (y compris africain noir) à condition qu’il soit musulman ou se convertisse officiellement, et que le mariage soit enregistré civilement.
L’Article 30 du Code de la famille algérien (loi n° 84-11 du 9 juin 1984, modifiée par l’ordonnance n° 05-02 du 27 février 2005) confirme : une Algérienne musulmane ne peut se marier qu’avec un homme musulman, ce qui implique la conversion obligatoire si nécessaire.
D’autres sources officielles du pays rappellent ces conditions.
Amira Mahfoudi confirme également :
« Il n’y a aucune disposition légale interdisant ou autorisant spécifiquement le mariage avec des hommes africains noirs. La seule exigence est religieuse : l’homme doit être musulman pour que le mariage soit reconnu par l’État. C’est l’une des conditions. Que l’homme se reconvertisse à l’islam et qu’il y ait une attestation qui démontre en effet sa reconversion pour qu’il puisse se marier avec une algérienne et que le mariage soit reconnu par l’état civil algérien » Dit-elle.
En conclusion, cette vidéo largement partagée sur les réseaux sociaux est trompeuse et décontextualisée. La rumeur selon laquelle les femmes algériennes seraient empêchées d’épouser des hommes africains noirs est fausse. En réalité, la loi algérienne encadre uniquement le mariage civil et religieux, sans distinction ethnique, et impose la conversion à l’islam uniquement pour les conjoints non-musulmans.


