Une vidéo devenue virale, publiée initialement sur X ( ici, ici et ici aussi) avant d’être massivement relayée sur Facebook, Instagram, YouTube ( 1 , 2 ) et Threads, prétend montrer un membre du staff technique de l’équipe nationale du Maroc remettant une enveloppe à l’équipe arbitrale à la mi-temps du match Maroc–Tanzanie. Cette rencontre comptait pour les huitièmes de finale de la Coupe d’Afrique des Nations 2025 (CAN 2025). La séquence, légèrement zoomée et floutée, est largement interprétée sur les réseaux sociaux comme une preuve de corruption de l’arbitre central malien Boubou Traoré. À l’issue de ce match, remporté 1-0 par le Maroc dans un contexte marqué par de nombreuses contestations arbitrales, la vidéo a été utilisée pour dénoncer de supposées pratiques de corruption, d’ingérence et de favoritisme, souvent associées, à tort ou à raison, au football africain. Pourtant, contrairement à ces affirmations, la vidéo ne montre pas un membre du staff marocain en train de remettre une enveloppe d’argent aux arbitres. Elle montre en réalité un échange entre le corps arbitral et le coordinateur général du match, le Tunisien Khaled Lemkecher, officiel de la Confédération africaine de football (CAF).
Notre équipe a identifié plusieurs publications ( 1 , 2 , 3 , 4 , 5 , 6 ) relayant cette accusation infondée et présentant cette vidéo comme une preuve du « vol » dont auraient été victimes les Taifa Stars de la Tanzanie.
Les réactions ont été particulièrement vives du côté tanzanien. Plusieurs chaînes YouTube locales, ainsi que de nombreux internautes, ont exprimé leur colère et leur frustration, dénonçant ce qu’ils estiment être un arbitrage défavorable, en particulier lors des matchs impliquant le pays hôte de la CAN 2025, le Maroc.
La vidéo montre Khaled Lemkecher, un tunisien
Après vérification approfondie, notre équipe conclut que l’accusation de corruption est fausse. La vidéo ne montre pas un membre du staff technique marocain remettant une enveloppe aux arbitres. L’homme présenté comme tel est en réalité Khaled Lemkecher, coordinateur général du match Maroc–Tanzanie, de nationalité tunisienne.
Son identification s’est faite en deux temps. D’abord, certains internautes l’ont explicitement reconnu dans les commentaires. Ensuite, nous avons consulté les documents officiels relatifs à la désignation des arbitres et officiels de cette rencontre.
La composition officielle du corps arbitral et des officiels du match était la suivante : Arbitre central : Boubou Traoré (Mali), Assistant arbitre 1 : Modibo Samaké (Mali), Assistant arbitre 2 : Jonathan Ahonto Koffi (Togo) , Quatrième arbitre : Samuel Uwikunda (Rwanda) , VAR (Video Assistant Referee) : Issa Sy (Sénégal) , AVAR (Assistant VAR) : Djibril Camara (Sénégal), Second AVAR : Maria Packuita Cynquela Rivet (Mauritanie) , Commissaire de match : Jean Didier Malunga (Côte d’Ivoire), et Coordinateur général : Khaled Lemkecher (Tunisie). C’est l’équipe complète d’arbitrage pour ce match à élimination directe.
En effectuant une recherche en ligne sur Khaled Lemkecher, nous avons retrouvé plusieurs images et vidéos le montrant dans des contextes officiels, s’exprimant au nom de la CAF. Il est reconnu comme expert en gestion et management du sport, et comme instructeur régulièrement mobilisé par la Confédération africaine de football.
Aucun visage pareil dans le staff marocain
La vidéo est authentique et a bien été filmée lors du match Maroc–Tanzanie. Toutefois, l’interprétation qui en est faite est trompeuse. La personne présentée comme un membre du staff marocain est en réalité un officiel de la CAF, en l’occurrence le coordinateur général du match.
Notre équipe a également passé en revue l’ensemble du staff technique de la sélection marocaine afin de vérifier si l’un de ses membres correspondait physiquement à l’homme visible dans la vidéo. Cette vérification n’a permis d’identifier aucune ressemblance.
Ce contexte est essentiel, car la diffusion de contenus mal interprétés ou volontairement décontextualisés peut alimenter des accusations graves, nuire à la crédibilité des institutions sportives, attiser les tensions entre supporters et porter atteinte à la réputation des équipes, des arbitres et des officiels impliqués, sans preuves tangibles.


