Fin novembre, une vidéo largement partagée montre le président de la Guinée-Bissau, Umaro Sissoco Embaló, interpellé dans un salon par trois soldats, dont deux le mettent en joue. La légende indique qu’il a été arrêté par sa propre armée. Cette affirmation peut sembler crédible, puisque le 26 novembre, un « Haut commandement militaire pour la restauration de la sécurité nationale et de l’ordre public » a annoncé le dépôt du président, la prise de « contrôle total » du pays, la suspension du processus électoral et la fermeture des frontières terrestres et aériennes. Pourtant, la vidéo n’a aucun lien avec ces événements : il s’agit d’un contenu manipulé par intelligence artificielle. La séquence originale remonte au 1er février 2022, lors d’une précédente tentative de coup d’État contre le même président.
La courte séquence à voir ici, montre le président Embaló assis, se levant, puis être confronté par deux soldats braquant leurs armes sur lui. Elle a été visionnée par plus de 800 000 internautes sur cette page Facebook.
Capture de la fausse information barrée par Congo Check
Certains comptes ( 1 , 2 ) utilisent le terme « népalisé », en référence aux événements récents au Népal où des responsables politiques ont été publiquement humiliés ou malmenés.
La page d’origine de la fausse information a obtenu 143 876 vues, 1 380 mentions « j’aime », 111 commentaires et 337 partages. Ces deux autres pages ( 1 , 2 ) ont également posté cette vidéo.
Dans les commentaires, certains internautes expriment le souhait de voir un tel scénario se produire dans leurs pays, citant même certains dirigeants, tandis que d’autres dénoncent ce type d’attitude, contraire à l’esprit démocratique.
Un contexte de 2022 détourné en 2025
La vidéo est sortie de son contexte et manipulée par intelligence artificielle.
Pour vérifier cela, l’équipe de Congo Check a utilisé la recherche d’images inversées via Reverse Image Search et Google Lens. Les résultats confirment que la séquence originale date du 1er février 2022, jour d’une tentative de coup d’État avortée à Bissau. Des tirs ont eu lieu près du palais présidentiel, entraînant plusieurs morts, avant que la situation ne revienne au calme le lendemain, le président restant en fonction.
Les troubles ont commencé en début d’après-midi. Le président, le Premier ministre Nuno Gomes Nabiam, les ministres et les chefs militaires se sont réunis pour un conseil extraordinaire au palais gouvernemental. Les discussions portaient notamment sur la récente disparition du général Biagué Na Ntan, chef d’état-major et vétéran de la guerre d’indépendance.
Des échanges de tirs ont provoqué la panique dans les rues de Bissau : circulation arrêtée, écoles et marchés vidés, banques fermées. Plusieurs gardes du corps ont été vus au sol. Le directeur de cabinet du Premier ministre, caché dans son bureau, a déclaré à RTP Africa qu’un garde avait été tué et qu’il n’avait pas de nouvelles du président ni du Premier ministre.
Sur ces images en cours de vérification, il est plutôt entouré par son équipe de sécurité, tout juste après la tentative avortée. Ces photos avaient été postées par la présidence sur Facebook. La séquence est même commentée dans ce reportage de l’édition du Journal Télévisé de l’Afrique de France 24, et dans cet article de la DW.

D’autres photos avaient été relayées cette même journée et on y voit d’autres officiers militaires.
Des images générées et animées par l’IA
La séquence qui circule est manipulée par intelligence artificielle. Plusieurs incohérences le montrent à 6 secondes, le premier soldat braque son fusil vers l’autre officier. À 12 secondes, la crosse de l’arme du deuxième soldat est déformée. Le visage du président change constamment et sa main droite traverse l’un des soldats à 5 secondes.

La vidéo a été postée par « Mbong Mendzui officiel ». Les imperfections visuelles typiques des IA ont permis de confirmer qu’il s’agit d’une manipulation.
L’utilité de cette contextualisation
Remettre en contexte cette vidéo manipulée est essentiel, car elle illustre comment des contenus générées par l’IA peuvent être détournés pour devenir des « nouvelles sensationnelles ». Une telle désinformation peut non seulement tromper l’opinion publique, mais aussi créer de fausses perceptions sur la stabilité politique d’un pays, susciter des peurs infondées, alimenter des rumeurs virales et nuire à la crédibilité des médias et des autorités.


