Une vidéo a largement circulé sur les réseaux sociaux et montre un hélicoptère survolant les cieux tanzaniens. Les explications y accordées affirment qu’il s’agit de l’évacuation de la présidente élue Samia Suluhu, suite aux multiples manifestations en cours dans son pays. Pourtant, nos vérifications prouvent que cette vidéo n’a rien à voir avec l’évacuation de la présidente tanzanienne. Elle montre juste l’intervention des forces de l’ordre tanzanien pendant les manifestations.
Des milliers d’internautes sont tombés sur cette vidéo et l’ont interprétés différemment. Beaucoup parlent d’une fuite organisé par l’armée afin que la pression des manifestants ne l’atteigne. Ces publications sont à compter par dizaine sur Facebook ( 1 , 2 , 3 , 4 , 5 , 6 , 7 , 8 , 9 , 10 ).
Les commentateurs ont de leur côté salué la pression populaire et le courage du peuple tanzanien qui a longtemps manifesté .
Contexte de la vidéo
Notre équipe a trouvé cette vidéo et son vrai contexte. En réalité, elle ne montre pas la fuite de Samia Suluhu de son pays. Filmée en Tanzanie, la vidéo a été publiée pour la première fois par l’utilisateur Instagram « Nurulavazi90 », qui l’a postée le 29 octobre dernier. Cette vidéo fait partie d’une série des plusieurs autres vidéos que cet internaute tanzanien, à qui Congo Check a écrit à ce sujet, avait publié au courant de cette journée chaude des manifestations.
La fumée noire visible dans la vidéo coïncide bien avec le cadre présent dans d’autres vidéos filmées au courant de la même journée par ce même utilisateur. Après l’analyse approfondie de la vidéo, nous avons constaté qu’il s’agissait d’un incendie provoqué par les manifestants à la Puma Station de Kimara Baruti. Kimara est une zone administrative à Dar es Salaam, en Tanzanie, qui est aussi un centre économique.
L’image de cette station service qui a pris feu, a été retrouvée par Congo Check sur une des vidéos trouvées sur internet. Ça nous a permis de localiser l’endroit où ses incidents s’étaient déroulés.
Suluhu prête serment sans avoir quitté le pays
Une autre vérité est que Samia Suluhu Hassan a prêté serment lundi 3 novembre 2025 pour un nouveau mandat de cinq ans en tant que présidente de la Tanzanie. La cérémonie officielle s’était déroulée à Dodoma, la capitale administrative, et a marqué son premier mandat élu au suffrage universel direct. C’était lors d’une cérémonie réservée aux invités, à la suite d’une élection contestée qui a déclenché des manifestations meurtrières après que les deux principaux candidats de l’opposition ont été empêchés de se présenter.
La « fuite » n’a pas été révélée ni par l’armée ni par le gouvernement
Nulle part, le gouvernement tanzanien ou les médias tanzaniens ( 1 , 2 ) n’ont informé que la présidente élue avait quitté le pays. Il n’a pas été annoncé aussi « un retour » au pays, si au moins, la présidente aurait été évacuée.
L’armée qui a été citée comme ayant facilité cette évacuation, avait plutôt invité les manifestants à l’apaisement, et dans une déclaration télévisée le soir du jeudi 30 octobre, Jacob Mukunda, chef des armées tanzaniennes, a qualifié les protestataires de « criminels » et ordonné leur arrestation immédiate.
Cette vidéo est hors-contexte. La débusquer est important parce qu’elle crée une fausse impression d’urgence autour de la présidente Samia Suluhu. Une telle désinformation peut amplifier la peur, la colère ou l’instabilité politique. Elle détourne le public de la réalité des faits en utilisant une vidéo sortie de son contexte. Vérifier ce contenu protège les citoyens contre les manipulations émotionnelles et contee l’instrumentalisation des images dans un contexte déjà sensible.


