La page Facebook “ Mississipi du Katanga” suivie par 11 000 internautes, a publié une courte vidéo montrant une jeep Wrangler en feu au milieu de la route près d’une station-service. La légende de la vidéo affirme que la population de Tshangu a incendié le véhicule du prétendu beau-frère de Firmin Mvonde Mambu, procureur général près la Cour de cassation, en guise de protestation contre la condamnation de l’ancien ministre Constant Mutamba, accusé de détournement de fonds publics. Attention, cette vidéo est décontextualisée et n’a aucun lien avec les manifestations de soutien à Constant Mutamba récemment organisées. Une recherche inversée d’image et des témoignages de témoins oculaires ont révélé que l’incident s’est produit au niveau du pont Cabu et non dans le district de Tshangu. Et le véhicule a pris feu en raison d’une panne technique, et non d’un acte d’incendie perpétré par des partisans de Constant Mutamba.
« En direct de la Tshangu !!!! Les habitants de la TSHANGU ont brûlé le véhicule du beau frère de NVONDE qui voulait rejoindre Gombe pour sa sécurité.Réponse de Tshangu après la condamnation de Constant Mutamba. » lit-on cette légende
Devenue virale, cette vidéo a cumulé 373 804 vues, 97 partages et 174 commentaires. En examinant les avis des internautes, il se remarque que certains ont rejeté la légende associée à la vidéo, tandis que d’autres, trompés, ont soutenu ce prétendu acte en faveur de Constant Mutamba.
Un incident sans rapport avec les manifestations de soutien à Constant Mutamba
Une recherche d’images inversées via Google Lens sur une séquence vidéo a révélé le contexte réel de cet incident ainsi que sa date. La vidéo, a été publiée par le média Trends.cd le 1er septembre, accompagnée d’une légende relatant qu’ une Jeep Wrangler a pris feu près d’une station-service au pont Cabu, à la croisée des communes de Kasa-Vubu, Kalamu et Kinshasa. Selon le média, des témoins ont observé une épaisse fumée s’échapper du capot avant que les flammes ne consument le véhicule. Sur les lieux, il n’y avait aucun moyen d’intervention immédiate, ni extincteur ni camion de pompiers, ce qui a permis au feu de détruire entièrement la voiture, devant des riverains impuissants. Un proche du propriétaire, visiblement affecté, a déclaré : « Nous avons tout perdu, la voiture est partie en cendres. »
La vidéo a également été partagée sur le réseau social X par la page “Afrika Promotion”, qui a précisé que cet incident tragique s’était produit au pont Cabu, aussi connu sous le nom de Ngabi.
La page Facebook nommée : “Emmanuel Mbungu”, un magazine d’informations sur la RDC, a diffusé la vidéo en affirmant que cela s’est bien déroulé au pont Gaby.
En approfondissant ses investigations, Congo Check a contacté One Love Tigre, un témoin oculaire. Celui-ci a indiqué que l’incident s’est produit le dimanche 31 août au pont Gaby. Il a rapporté qu’une seule personne se trouvait à bord de la Jeep, qui était en rodage, et que le moteur avait surchauffé au point de provoquer l’incendie. Un autre témoin, Joseph Makala, a corroboré cette version, précisant que l’incident s’était produit non pas à Tshangu mais au pont Gaby, deux jours avant la condamnation de Constant Mutamba. Cela contredit la légende associée à la vidéo, qui prétendait que des habitants de Tshangu ont incendié le véhicule en réaction à cette condamnation.
Mutamba condamné à trois ans de travaux forcés
Avant son jugement final, il a bénéficié du soutien d’une partie de la jeunesse kinoise, qui clamait son innocence. Des veillées de solidarité ont été organisées par des centaines de partisans chaque soir devant sa résidence. Bien que des manifestations aient eu lieu à Tshangu pour exiger son acquittement, les images recueillies par Congo Check ne ressemblent pas à celles de la vidéo en question.
L’ancien ministre de la Justice était accusé de détournement d’environ 20 millions de dollars, provenant du Fonds de réparation des indemnisations des victimes des activités illicites de l’Ouganda en RDC (FRIVAO), destiné à la construction d’une prison à Kisangani, dans la province de la Tshopo. Le président de la Cour de cassation, Jacques Kabasele, a noté lors de l’annonce du verdict que Mutamba avait choisi une procédure de gré à gré plutôt qu’un appel d’offres public, évitant ainsi les institutions compétentes comme le secrétariat général à la Justice. Il lui a également été reproché d’avoir transféré les fonds vers le compte de la société Zion Construction, au détriment de l’État.
Suite à ce verdict rendu public le 2 septembre, Constant Mutamba a été condamné à trois ans de travaux forcés, assortis de cinq ans d’inéligibilité et de privation du droit de vote. Ces peines complémentaires prendront effet à l’issue de la peine principale, le privant d’accéder à des fonctions politiques ou publiques durant cette période.
Après une vérification minutieuse, Congo Check confirme que cette vidéo a été sortie de son contexte : elle n’a aucun lien avec les manifestations en soutien à Constant Mutamba, a été filmée au pont Cabu et non à Tshangu, et le véhicule a été détruit à la suite d’une panne technique, et non par des sympathisants de Mutamba.


