Jeudi, 6 février dernier, les rebelles de l’AFC/M23 ont annoncé leur premier meeting au stade de l’Unité de Goma. A cet effet, plusieurs rumeurs ont soutenu que les absents de cette rencontre seraient fouettés. Tout juste après le meeting, une photo montrant un homme allongé à terre, dont le dos semble avoir subi plusieurs coups, est présentée pour dénoncer le traitement subi par un dénommé Luendo Kishala, habitant le quartier Majengo, puisqu’il a été absent au meeting organisé. Congo Check a pourtant découvert que l’image est tirée d’une page libyenne, a été postée depuis le 6 janvier de l’année en cours. Rien à voir avec la ville de Goma ou les rebelles.
La publication légende ce qui suit : « Goma : …dans le quartier Majengo, Luendo Kashali a osé défier cette loi tacite en ouvrant sa boutique. Un geste anodin, mais suffisant pour déclencher la colère des rebelles. Ce fut une pluie de coups, une sentence sans appel. Son dos, aujourd’hui, porte les cicatrices de l’injustice. Les longues stries violacées sont des rivières de souffrance creusées par des matraques impitoyables. Les hématomes, éparpillés comme des éclats de plomb, racontent la violence déchaînée sur un simple commerçant. À Goma, travailler est devenu un risque, et respirer sous occupation, un acte de courage ».
C’est aussi le cas de ce compte Facebook qui a partagé jusqu’à 43 fois ce contenu trompeur.
Congo Check a compté plus de 40 autres publicateurs de cette image sortie de son contexte.
La page auteure de ce post n’a pas fait de retour concluant afin de nous expliquer les sources de ses nouvelles.
Une photo prise en Lybie au mois de janvier 2025
Mais, cette image est sortie de son contexte, témoignent les résultats de nos analyses. Une recherche d’image inversée à l’aide de l’application gratuite Google image nous a permis de retracer l’origine de la photo.
Les résultats préliminaires ont conduit vers une page Facebook dénommée « Libye actualité ». Selon sa description, cette page est spécialisée dans tout ce qui est immigration sur la mer méditerranéenne. Et, le 6 janvier 2025, cette page avait publié deux images, notamment celle que nous vérifions. C’était un appel à l’aide aux mineurs somaliens, détenus et tortures afin d’exiger des rançons.
« …des jeunes et des mineurs somaliens détenus dans la ville de Koufra, depuis l’intérieur des entrepôts et des maisons surveillés par des étrangers subsahariens en complicité avec leurs bourreaux et protégés par des Libyens. Le but de la torture est d’exiger une rançon et de l’argent ou de continuer la torture et le meurtre », telles sont les explications accordées à ces photos.
Le 6 février dernier, les photos de ce jeune somalien torture ont été présentées par quelques parlementaires italiens lors d’une séance. Dans cette vidéo publiée par Lybie Actualité, les parlementaires italiens exigent l’arrestation d’un certain Osama Almasri, un djihadiste qui serait à la tête de ce réseau. Il est visé par un mandat d’arrêt de la Cour Pénale Internationale.
Témoignages des habitants du quartier Majengo
Au quartier Majengo, nous avons joint plusieurs habitants qui disent ne pas être au courant de cet acte.
« Ce n’est pas à Majengo ! Le jour du meeting, certains sont restés au quartier et les rumeurs courent vite ici. Si c’était vrai, beaucoup l’auraient su », nous dit Kasolene Jolie, mère âgée de 55 ans.
Wasukundi Jérôme, un autre habitant de ce quartier, doute également de cette rumeur.
« A Majengo, les nouvelles vont vite. Si cet homme aurait été battu ainsi, nous l’aurions su », dit-il.
Les conséquences du désordre de l’information
En période conflictuelle, il est devenu courant d’avoir un front médiatique se chargeant de propager des fausses informations. La guerre médiatique plonge la population dans une confusion et dans un désordre de l’information.