Une image devenue virale sur les réseaux sociaux a récemment attiré l’attention de l’équipe de Congo Check. Elle présente plusieurs personnes, chacune avec un œil bandé à l’aide d’un tissu et de sparadrap. Selon les publications circulant en ligne, il s’agirait de personnes ayant vendu un œil pour la somme de 300 millions FCFA, une monnaie utilisée dans plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest. Certaines pages vont jusqu’à exhorter les internautes à surveiller leurs proches pour éviter qu’ils ne « vendent leurs yeux ». Cependant, grâce à plusieurs techniques de vérification, Congo Check a établi que cette image est totalement sortie de son contexte. Elle ne provient pas du Ghana, mais du Nigeria, dans l’État de Lagos, où se déroulaient, fin 2024, des soins oculaires gratuits organisés par la Nigerian National Petroleum Corporation Limited (NNPC Ltd), la compagnie pétrolière et gazière d’État du Nigeria.
Le contexte erroné a été largement partagé par différentes pages ( 1 , 2 , 3 , 4 ) et comptes n’ayant manifestement pas vérifié la source avant de publier.
Certaines de ces publications ( 1 , 2 , 3 , 4 , 5 , 6 ) ont généré des centaines d’interactions, plusieurs internautes prenant l’information au premier degré, allant même jusqu’à demander les contacts des prétendus « acheteurs d’yeux ».
Sous un ton humoristique, certains utilisateurs ( 1 , 2 , 3 , 4 , 5 , 6 , 7 ) sont même allés jusqu’à demander le prix pour « deux yeux », ou pire, pour les yeux de certains de leurs anciens proches.
Parallèlement, la viralité de la photo a servi de prétexte à la production de contenus cherchant à attirer des abonnés ou à générer du clic (clickbait). D’autres pages ont prétendu que la scène se déroulait au Congo-Brazzaville ou encore que cette « activité » allait bientôt arriver en Côte d’Ivoire.
Une photo prise au Nigeria en 2024 et non au Ghana
Lorsque la publication est devenue virale, l’équipe de Congo Check a entrepris d’en vérifier l’origine. Le résultat est clair : l’image est sortie de son contexte.
En utilisant Google Lens pour une recherche d’images inversées, nous avons obtenu plusieurs résultats, généralement les mêmes images répliquées sur diverses pages. Un seul résultat était réellement pertinent : un article du site energytimesng.com, publié le 28 août 2024, évoquant en anglais « plus de 1 000 personnes ayant bénéficié de services gratuits de soins oculaires fournis par la NNPC à Lagos ».
Cette piste nous a ensuite conduits à rechercher directement le communiqué officiel. Il s’agissait effectivement de la Nigerian National Petroleum Corporation Limited (NNPC Ltd). Le 28 août 2024, la compagnie annonçait, sur ses plateformes (Facebook, Instagram, YouTube), le lancement du programme Vision First dans la communauté Ilaje, à Lagos, offrant des soins de la vue gratuits à plus de 1 000 personnes.
Le communiqué précise que le programme Vision First a déjà eu un impact majeur : plus de 1 853 bénéficiaires de soins gratuits, 2 000 personnes dépistées, 1 199 lunettes distribuées, 1 310 traitements administrés et 189 interventions chirurgicales facilitées depuis 2022.
Selon Bala Wunti, directeur des investissements en amont de NNPC Upstream Investment Management Services (CUIO – NUIMS), le programme vise à « restaurer l’espoir » et à garantir que les troubles visuels évitables ne freinent plus les communautés locales.
La photo utilisée pour soutenir la rumeur de « vente d’yeux » apparaît d’ailleurs dans une vidéo officielle du reportage sur cette activité.
Ce programme n’en est pas à sa première édition. Une publication de The Guardian Nigeria rappelait récemment que plus de 700 patients avaient bénéficié d’opérations gratuites de la cataracte financées par NNPC Ltd.
L’activité a été largement couverte par les médias nigérians et non ghanéens ou congolais.
Notre équipe a également laissé un message au communicateur de la compagnie, qui n’a pas encore répondu.
Un contexte erroné aux conséquences réelles
En traitant cette fausse information, Notre équipe permet d’empêcher la propagation d’une rumeur dangereuse qui fait croire à une prétendue « vente d’yeux » alors qu’il s’agit d’un programme médical légitime au Nigeria. La clarification protège le public contre la peur, la panique et les décisions irrationnelles suscitées par des contenus sortis de leur contexte. Cela évite également la stigmatisation injuste du Ghana, accusé à tort d’une pratique illégale et choquante. Ce contexte réel redonne aussi de la crédibilité aux bénéficiaires et aux organisateurs du programme de soins gratuits.


